Gabriel Robichaud
« Je vais all out sur toutes les affaires qui me tentent » : entrevue avec France Daigle

Par Gabriel Robichaud, correspondant du Frye

France Daigle est l’un des noms (il y en avait peu) de la littérature acadienne avec lesquels j’ai grandi. Un nom qui était toutefois en lien avec une œuvre que je connaissais peu, et mal. J’y associais des textes pour le collectif Moncton Sable et la lecture inachevée du roman Pas pire, en 9e année, comme membre du club de littérature de l’école Mathieu-Martin.

Rien pour aider mon sort, mon arrivée dans le milieu littéraire en 2011 a coïncidé avec son avant-dernière parution, Pour sûr (Boréal), qui fait qu’on a à peine eu le temps de se croiser dans le milieu avant que s’entreprenne un silence de nombreuses années sans publications de son côté, silence brisé par la collection de textes publiés en revue Poèmes pour vieux couples (Perce-Neige, 2016), et plus récemment par Petit crayon pour faire mine (Boréal, 2024).

Ceci dit, depuis la naissance de mon premier enfant, France Daigle est la plume qui m’a ramené à la lecture de romans. J’ai pratiquement dévoré un à un ses livres en 2021, reléguant l’immature lecteur de 9e année que j’étais aux oubliettes pour faire place à l’adulte comblé par la finesse et la drôlerie des pages, l’intelligence de la forme, et le savoureux du fond.

Cette rencontre à Caraquet Boulevard St-Pierre pour l’enregistrement de cet entretien, dans les locaux de Curios, cet édifice rénové qui lui sert à la fois de galerie et d’atelier de création, était donc la première rencontre plus substantielle entre nous. C’est avec fébrilité, hâte et grand bonheur que je me suis assis à la table dans sa cuisine, au milieu des tableaux, des livres, café, puis bière en main, pour philosopher avec la deuxième acadienne ayant remporté le prix du Gouverneur-Général pour un roman, et l’une des seules à avoir réussi à remporter la triple couronne que constitue l’Éloizes en littérature, le prix Antonine-Maillet Acadie-Vie et le prix Champlain pour un même livre.

France Daigle, c’est 13 publications (12 romans, 1 recueil de poèmes), 5 pièces de théâtre (Moncton sable, Craie, Foin, Bric à brac, Papier) et demie (adaptation d’Histoire de la maison qui brûle) pour le collectif Moncton Sable, puis à peu près tous les prix littéraires auxquels peuvent aspirer les auteur.ice.s en Acadie. C’est aussi une pratique en art visuel récente, avec quelques expositions, et une affirmation d’une transidentité qui est arrivée avec un « je vais all out sur toutes les affaires qui me tentent ». Il y a aussi des chansons en boite qui ne sont allées nulle part et qui, un jour, peut-être, trouveront preneurs. Avis aux intéressés.

Entretien deux parties

Partie 1. Les questions du correspondant.

Comment définis-tu ta pratique (si tu la définis)?

C’est pas mal éclectique (rires), pis c’est ludique. Faut que je m’amuse. Y a vraiment un aspect de… Je dirais pas brouillon, là, mais je me prends pas trop la tête, pis je me prends pas trop au sérieux. 

L’écriture, c’est différent. Y a de toute ça, là, mais parce que c’est écrit, pis que ça va rester écrit, je suis plus sérieuse about it. Mais les autres affaires… Je sais que je serai jamais reconnue comme artiste visuelle pis j’essaye pas, là… So je me laisse vraiment faire ce que je pense qui fait du bon sens. J’ai pas d’objectif. Je fais comme ça viens, comme je pense, pis c’est à peu près ça. Je fais des caricatures aussi, que je place sur Facebook.

S’il fallait que je définisse un art, je peux dire que l’écriture c’est la forme d’art que j’ai soutenue et qui m’a soutenue depuis le plus longtemps. Les autres formes sont venues parce que j’avais du temps et de la place pour m’amuser avec tout ça.

Ta première publication date de quatre décennies passées. C’est quoi la question qu’on ne t’a jamais posée?

Oh my god! Je sais pas. J’ai pas vraiment rien en tête. (pause

J’ai souvent trouvé qu’on ne me parlait pas beaucoup du contenu de mes livres, on était plus intrigués par la forme. Pis, je me dis bon, c’est correct, mais pour moi, je sais pas s’il y a quelqu’un qui a vraiment étudié le contenu du premier au dernier livre. Je crois pas que personne n’aie fait toute le lien.

C’est drôle que tu dises ça. J’avais l’impression que t’allais parler de ça. Sans avoir, tout, tout lu, il m’apparait deux choses. L’impression qu’il y a des cycles d’écriture, et l’impression que d’un livre à l’autre, y a une sorte de réponse qui apparait.

Moi je crois que ça doit se ressembler. Me semble que moi j’ai pas vraiment dévié de mon regard. Les livres ne sont pas pareils, mais j’ai l’impression que, d’un livre à l’autre, ce serait intéressant de regarder par thèmes. Si on prend juste le sujet des arts, j’ai parlé de musique, de peinture, le cinéma. C’est un thème. La famille, aussi.

J’ai l’impression que peut-être la forme a fait ça. [ndc : occulter la place du contenu]. Le fait que les formes soient un peu bizarres a fait en sorte que les gens soient un peu déroutés. Je dis ça sans forcément l’avoir analysé en profondeur, remarque.

J’ai l’impression que ça répond un peu à ma question suivante, mais je la pose quand même. De quoi es-tu tannée qu’on te parle quand vient le temps de parler de tes livres?

(Rires). Je vais te dire de quoi qui est pire encore. Je suis tannée d’entendre parler les artistes. Me semble qu’ils sont partout. Mur à mur. Radio, télé. Ceux que j’entend moins, je mind pas. Créer, c’est pas mal basic, on sait ce que ça demande. 

[En entendre parler], je suis allergique à ça. Même moi, si on me demandait ça, je serais right tannée. Je veux pu parler de ça. C’est comme parler du grade 3 pis t’es rendu au grade 12. (Rires)

On dirait qu’à cause de tout ça, je me suis un peu retirée… J’essaye pu. Le monde qui comprend pas mes livre, great, pis même à ça… J’ai pas de comptes à rendre. Je sais pas qu’est-ce que je peux dire qui n’est pas dans mes livres, pis je veux pas passer mon temps à faire ça non plus.

Même mon dernier livre, je voulais pratiquement ne pas en parler pendant un an ou deux. Laisser le livre, s’il trouve son chemin (et les livres trouvent leur chemin). J’ai quand même fait le minimum, mais… C’est dans le livre.

Pis je trouve que d’expliquer le livre, c’est presque briser le livre. L’expérience, c’est de le lire. C’est de l’écrire (d’une part), et de le lire (d’autre part). Peu importe ce qui va être dit entre les deux, ce ne sera jamais l’expérience de lire.

Je procède alors à la lecture de la première page publiée de son premier livre (Sans jamais parler du vent). France se souvient, presque par cœur, de ses mots. Je lui partage que j’ai l’impression que cette page annonce tout ce qui va suivre dans l’écriture.

Je suis d’accord parce qu’elle m’a suivie.

À quel moment tu prends conscience que t’écris une Œuvre et quel impact ça a sur ton écriture?

Pour moi, quand j’ai écrit ma première phrase, je savais que c’était une œuvre. Je savais que tout ce qui allait suivre allait faire partie d’une œuvre, pis je savais que ce serait plus qu’un livre. Dès la première phrase, ça confirmait que je m’en allais vers ça. C’était déjà clair.

Bon. J’ai pas décidé à 12 ans que j’allais être un écrivain, mais je crois que ça s’est travaillé plus ou moins comme ça [au fil de ma vie], et que finalement j’allais aboutir là [à l’écriture], pis que le fait d’écrire allait aboutir, allait continuer.

Je ne savais pas au premier livre qu’il y aurait autant de livres. Même après le premier livre, est-ce que je savais ce qui s’en venait, pas vraiment. J’avais juste besoin d’attendre, pis ça se développait. C’était en développement tout le temps. J’étais aux aguets, puis je voyais où la suite s’en allait. En fait, tout est une suite, quasiment.

Je crois aussi que j’avais décidé de faire une œuvre. C’était ça ma thing. J’étais étonnée parfois de la forme que ça prenait, mais je demeurais honnête avec ce que je faisais. Je ne me déguisais pas dans mon œuvre.

Tu ne faisais pas une œuvre de France Daigle, c’est France Daigle qui faisait une œuvre.

Right.

Quelle place accordes-tu à la vérité/réalité et à la fiction et comment est-ce que ça forge les choix que tu fais?

Je ne peux pas ne pas être dans la réalité, d’une certaine manière. C’est pas moi qui va inventer quelque chose de totalement out of this world. Je suis trop in the world. J’ai pas besoin d’aller out of this world pis ça ne me tente pas plus que ça. J’aime jouer sur la ligne, pis je crois que ça fait partie de la fiction romancière de jouer sur cette ligne, créer de l’ambiguïté (on n’est pas des journalistes).

Qu’est-ce qui fait qu’une forme littéraire (théâtre, roman, poèmes, chanson) s’impose dans l’écriture d’un projet plutôt qu’un autre?

Pour moi, c’est toute une question de temps.

Pour le théâtre… Au mois de mars, le collectif Moncton Sable recevait une bourse, et on me demandait d’écrire quelque chose pour le mois de juin, moment où le collectif se mettait à répéter.

Tandis que dans mes livres… Tous mes livres avaient un timing. J’avais tant de temps pour l’écrire, pis j’essayais de faire que ça marche. Je trouvais que c’était important de finir un livre. Y a du monde qui ne finira jamais leur livre parce qu’ils sont trop exigeants, trop ci, trop ça. J’ai appris vite que c’est peut-être pas ton greatest, mais c’est ça que c’est. That’s it, t’en feras un autre!

Une chanson, ben ça se fait bien quand t’as pas trop de temps. C’est un autre contexte. Un poème, c’est quand ça vient. Je m’oblige jamais.

C’est vraiment le livre

Le théâtre, j’en aurais jamais fait si c’était pas du fait que c’était eux autres qui me l’ont demandé, pis qui m’ont dit « on te donne carte blanche, pis si tu n’y arrives pas, on trouvera quelque chose dans tes livres ». Ça a commencé de même, pis finalement c’était correct. C’était correct, mais au final, je ne voulais plus. Je n’ai pas le sens du dramatique, je n’ai pas rien de spécifique à dire, je n’ai pas de message, même pas d’unité du début à la fin… Pis j’aime pas le théâtre! (rires) Je vais au théâtre pis ça me drive, ça m’endort, ça m’ennuie. Donc ça a été un peu un hasard, pis y a de quoi de bon dans chaque pièce. Je trouve que la première, c’est la meilleure. Mais j’avais de la misère à les finir, de faire une œuvre qui était en elle-même complète. Ça fittait bien avec eux autres, avec leur démarche de recherche. Eux autres étaient willings de faire ça. Mais je sais pas ce que ça aurait donné si c’était pas d’eux autres [Moncton Sable].

Comment tes peurs teintent-elles ton écriture?

Toute ma transidentité, quand j’y pense, quand c’est sorti… J’ai l’impression que ça a teinté le reste. Ça va quand même plus loin que ça. C’est souvent une combinaison d’affaires. Ce que je pense ces temps-ci, c’est que je suis vraiment seule et solitaire, et vraiment, mes amis, c’est les livres. On dirait que j’ai pas grand-chose à mettre en commun avec personne. Je ne sais pas si je ne veux pas, si je fais exprès, pis toute ma vie, ça a été comme ça. Toute ma vie, je ne pouvais pas trop relater, rien, à personne. La transidentié a certainement eu un gros rapport là-dedans. D’une manière, c’est réglé, mais des fois j’ai encore des peurs.

Quand les peurs apparaissent dans l’écriture, c’est une façon d’être honnête.

Tout dépendant des livres, tu fais une place importante à d’autres artistes. À quel moment laisse-t-on l’œuvre des autres s’intégrer à son œuvre?

C’est toute une affaire d’aimer. Quand je sens que ça vaut la peine. Pour le personnage de Zablonski, je l’ai inventé, mais je trouvais qu’il avait de bonnes idées, pis c’était les miennes (rires). Mais c’est ça, jouer sur la ligne, et faire une place aux autres.

On t’accuse par moments de formalisme, j’ignore si tu t’en réclames. Qu’est-ce qui vient en premier, pour toi, le fond ou la forme, et qu’est-ce qui s’impose à l’autre?

Pour moi, les deux vont ensemble. Je pense que la forme, ça fait partie de mon côté artiste plastique, artiste de l’esthétisme, pis que le fond, c’est les idées, la création comme telle. Ça ne me fait rien qu’on s’arrête à la forme, parce qu’elle a une raison d’être. Mais, je dirais que les gens se laissent peut-être prendre un peu trop là-dedans.

La notion du genre me semble une thématique récurrente tout au long de tes livres de façon plus ou moins marquée. Comment perçois-tu l’évolution de la chose au fil du temps?

Ça a tout le temps été là, et chez moi, et dans mes livres. C’est sans doute parce que c’était chez moi que c’était dans mes livres. Ce que je pourrais dire, c’est que, pour moi, là où je suis rendue, c’est que homme et femme, my God, c’est simple. Mais ça ne peut pas être si simple que ça. On a résumé ça (c’est sur, que si tu pars d’un principe de reproduction, ça se simplifie), mais tout ce qu’on peut être est tellement plus large que c’est presque risible de s’arrêter à ça. Me semble que n’importe qui qui a de l’imagination ne devrait pas se surprendre qu’un homme se sente comme une femme et une femme se sente comme un autre, entre autres.

Je lisais Sans jamais parler du vent, pis il me semble que c’était déjà là.

J’avoue que quand j’ai tout mis ça ensemble, entre la vie, l’œuvre et le reste, ça m’est tellement apparu comme évident que je me suis dit, « si j’ai manqué ça, quoi d’autres que j’ai pas vu ». (Rires). Mais tu sais, on le travaille pas dans notre tête comme ça.

Je n’ai pas toujours l’impression qu’on mesure l’exploit de remporter le prix littéraire du Gouverneur Général. 

Je ne crois pas que je comprends moi-même.

Dans le calendrier de publication, il me semble qu’il y aie un avant pis un après Pour sûr. Sa publication suit un « silence » de 9 ans après Un fin passage et précède de 13 ans Petit crayon pour faire mine.

C’est drôle, j’ai pas pensé à ça. C’est intéressant. L’affaire, c’est qu’avec Pour sûr, je savais que je l’écrivais, mais après Pour sûr, j’écrivais pas, je vivais. Ça a fini par donner un petit livre pareille, mais… La transidentité m’a totalement relaxé par rapport à l’écriture. Pas que je sentais que j’écrivais par besoin, mais c’est comme si qu’après avoir tombé là-dessus, je me suis permis de me tranquilliser.

Je m’interrogeais si le prix a été un poids qui a retenu l’écriture.

Non, je crois que c’est le livre, dans sa nature, qui m’a amené à me poser la question « qu’est-ce que je vais écrire après? ». Après Pour sûr, je me demandais ce que je pouvais encore écrire. C’était déjà majeur, pis je ne me voyais pas, je ne trouvais rien qui me motivait. J’avais l’idée d’un livre sur les éléments, mais j’avais pas la même énergie, j’avais pas le même besoin, la même envie. Ça doit arriver. Pis la transidentité est venue après, pis ça aussi c’est ok. C’est pas grave.

Je crois que jusqu’à Pour sûr, fallait que je me prouve, ou je voulais me prouver face à la littérature. Pis après avoir fait Pour sûr, pis avoir gagné le prix, c’était comme « okay, j’ai réglé de quoi ». Ça ne voulait pas dire que je ne voulais plus écrire. Je voulais encore écrire, mais j’avais pas la même poussée. 

Je sais pas, y a du monde qui écrivent facilement, mais pour moi, c’est une job écrire. C’est pas facile! Je faisais une chronique dans L’Acadie Nouvelle pis ça me prenait toute la semaine. Il fallait que je me trouve mon jeu d’idées. Les jeux d’idées, pour moi, ça vient quand je vis, ça ne me tombe pas du ciel.

La langue, le langage, sont des matières que t’abordes et travaille de toutes sortes de manières dans ton œuvre. Quel est le rapport que t’entretiens avec le travail de la langue et qu’est-ce qui détermine le choix de la variation de cette langue-là dans ton écriture?

Ben, à part du chiac et de certaines formes, je crois que ça a été assez standard. Mais là, j’ai fait mon choix pour le français. Je ne vais pas écrire du chiac toute ma vie. T’sais, je l’ai fait une fois parce que je trouvais que, okay, on va liquider cette question-là. Je hopais, mais I guess not (rires). Je sais qu’on ne peut pas retourner en arrière, non plus, mais moi, comme personne, j’ai fait mon choix pour le français, quand j’écris, surtout. Quand je parle, j’essaie de faire mon choix pour le français, mais inévitablement y a du chiac pis de l’anglais qui apparaissent, mais quand j’écris, je maintiens le standard. C’est que le chiac, c’est tellement facile que c’en est déroutant. C’est tellement facile de parler chiac…

Pour toi, ou en général?

Pour moi, venant de Dieppe. Pis je sais qu’on ne peut pas nous imiter tant que ça. Mais l’anglais peut se glisser dans le français… La slide est toute faite. C’est sûr que ça prend un minimum d’effort pis de volonté pour garder le français. Pis c’est vrai que des fois certaines choses se disent mieux en anglais qu’en français, je questionne pas ça. Mais je me dis que notre identité… Pis je sais pas si je crois vraiment à l’identité, mais faut croire que oui. Je sais pas… J’ai pas trouvé le fin mot pour expliquer tout ça. C’est tu juste un endoctrinement? Des fois, je me dis, c’est tu un endoctrinement, pis ça fait longtemps que je me pose cette question-là?

Qu’est-ce qui serait l’endoctrinement? Parler le chiac ou parler le français?

Parler le français. (…) Je lisais Stendhal (les chroniques italiennes), pis il disait qu’au 16e-17e siècle, y avait juste trois endroits où le monde parlait italien. Partout ailleurs, c’était des dialectes. L’italien n’existait pas, le français n’existait pas… Pis j’imagine que l’anglais est comme ça aussi.

Les questions de l’œuvre

Sans jamais parler du vent (Éditions d’Acadie, 1983)

Il n’y a pas de questions dans le livre, mais j’ai envie de te demander : le vent est-il une question? Et qu’est-ce que le vent et pour n’en parle-t-on pas?

Je me pose encore cette question-là. Pourquoi j’ai écrit ce titre-là? Qu’est-ce qui est vraiment dans ce titre-là? Je pense que c’est le silence, dans le sens que le vent c’est rough. (…) J’ai associé ça au silence, sans doute le propre silence de ma propre « êtreté », de ne pas savoir par où ça commence, par où ça finit, et comment le définir. Moi, dans Sans jamais parler du vent, je suis autant le gars qui part tout seul, pis qui fait des voyages sur les bateaux, que tous ceux de la famille qui restent pis qui attendent de recevoir une lettre.

Nombres des questions ou des absences de questions des livres suivants, n’ont pas donné lieu à des réponses. J’ai aussi découvert que la question sur Dieu et la mort insérée dans Pas pire, était une question réelle que posait Bernard Pivot posait à ses invité.e.s. Saut dans les publications.

Un fin passage (2002)

La sagesse, ça vous dit quelque chose?

Ça m’a longtemps habité, dans le premier, deuxième et troisième livre. Ça me dit de quoi, mais là je m’en détache de plus en plus (rires).

Petites difficultés d’existence (2001)

C’est quoi un intellectuel, vraiment?

C’est quelqu’un qui lit plus que trois livres sur le même sujet.

Pour sûr (2011)

Qu’est-ce que t’aimerais d’avoir dans un gros cadeau tout de suite? 

Je vais te dire de quoi, j’ai l’impression de vivre pas mal un gros cadeau tout de suite parce que y a rien qui m’oblige à rien, je passe mon temps à lire, à faire du puzzle, à me faire un petit peu à manger, c’est comme si je me sens même coupable de faire rien que ça. Des fois, je me dis que ça doit être ça les bénéfices de la vieillesse, so c’est comme un gros cadeau. Veut, veut pas, je regarde le monde qui travaille pis je voudrais pu, pis je pourrais pu. Je me sens comme privilégiée, je cherche rien d’autre, je suis contente avec toi.

Poèmes pour vieux couples (2016)

Mais où commence le corps?

C’est quelque chose que je pourrais poser encore. Finalement, je crois que tout est un corps. La planète est un corps.

Petit crayon pour faire mine (2024)

Est-il possible que toute ma vie je me pensais en avance, mais qu’en fait j’accusais un retard?

Right. Ça c’est comme, des fois tu de dis, ben garde, tout ce que je croyais, they could prove me wrong on everything. J’exagère, mais… Nous, on entre dans la vie pis on se développe un point de vue, malgré nous, pis même si on essaye d’être larges… Y a 360 degrés, pis on voit un degré. C’est ça, notre vision, il manque toujours 359 degrés. Y avait une émission sur l’astronomie qui disait que l’univers est tellement grand que lorsqu’on le regarde, on ne voit presque rien. T’as un focus, tu regardes quelque chose qui a l’air gros, pis au fond tu regardes pas grand-chose. Pis en même temps, t’as pas le choix de focusser.

*** 

La soirée s’est poursuivie autour d’un souper avec des amis, agrémenté d’une bouteille de vin. Au menu, des recettes familiales qui étaient ressorties spécialement pour l’occasion. Et quelques tentatives de changer le monde.


Oeuvres citées 

Citer cet article : Robichaud, Gabriel. « Je vais all out sur toutes les affaires qui me tentent » : entrevue avec France Daigle ». Discours/e : Catalogue numérique des littératures et cultures de l’Atlantique, 22 avril 2025. <https://discours-e.ca/2025/04/22/je-vais-all-out-sur-toutes-les-affaires-qui-me-tentent-entrevue-avec-france-daigle/>

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Pour citer cet article:
Robichaud, Gabriel. « « Je vais all out sur toutes les affaires qui me tentent » : entrevue avec France Daigle ». Discours/e : Catalogue numérique des littératures et cultures de l’Atlantique, 22/04/2025. https://discours-e.ca/fr/2025/04/22/je-vais-all-out-sur-toutes-les-affaires-qui-me-tentent-entrevue-avec-france-daigle/, consulté le 26/04/2026.

France Daigle

France Daigle est née en 1953 et a toujours vécu dans la région de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Elle a publié une dizaine d’ouvrages depuis la parution de son premier livre, Sans jamais parler du vent, aux éditions d’Acadie, à Moncton, en 1983. Si la prose poétique de ses premiers livres laisse deviner une structure romanesque, cette dernière s’affirme davantage dans la Vraie Vie (l’Hexagone/éditions d’Acadie, 1993) et s’accentuera au fil des publications suivantes. Quatre de ses romans ont été traduits en anglais. Les qualités de son écriture ont été soulignées par les prix Pascal-Poirier (1991), Éloize (1998 et 2002), France-Acadie (1998) et Antonine-Maillet-Acadie Vie (1999). En 2012, elle reçoit le prix du Gouverneur général avec son roman Pour sûr.

France Daigle
Crédit photo : Julie D'Amour-Léger

Gabriel Robichaud

Gabriel Robichaud est un artiste multidisciplinaire de Moncton qui a amorcé son parcours professionnel artistique en 2007. Fort d’un parcours académique en art dramatique à l’Université de Moncton, sa pratique multidisciplinaire le mène à toucher à la fois à la scène, à l’écriture et la mise en scène. Son choix d’ajouter une dimension politique à sa pratique, jumelé à des prises de positions sur la place publique, l’amène aussi à traiter de divers sujets concernant, les arts, la culture et la langue, particulièrement dans les médias.

Gabriel Robichaud
Crédit photo : Annie France Noël
Éditions Perce-Neige
Éditions Prise de parole