Gabriel Robichaud
Trouver sa place dans le casse-tête du monde

Par Gabriel Robichaud, correspondant Frye

J’aurais dû connaitre Blaise Ndala avant. Après tout, je suis déménagé à Ottawa l’année où il a publié J’irai danser sur la tombe de Senghor, son premier roman, aux Éditions l’Interligne. On a d’ailleurs cohabité dans cette ville durant près de 3 ans et demi sans se croiser, même si tous deux nous avons respectivement publié un autre livre (Sans capote ni kalachnikov chez Mémoire d’encrier en 2017 dans son cas). Reste que c’est en ligne, en pleine pandémie, et dans la foulée de la parution de Dans le ventre du Congo (Éditions du Seuil en Europe, Mémoire d’encrier au Canada, Éditions Vallesse en Afrique, 2021), que j’ai fait sa connaissance. S’en est suivi une amitié (on l’a même qualifiée à notre insu de bromance lors d’un tinder littéraire) qui s’est développée au fil des échanges et d’une correspondance sur nombre d’enjeux aussi littéraires que sociétaux qui nous unissent et que je chéris énormément. Lecteur et érudit, c’est aussi un des phares vers lequel je me tourne lorsque je cherche des lumières sur nombre de nouvelles voix qui échappent à ma chambre d’échos franco-canadienne, ou encore lorsque je sens que mes points de vue sur l’actualité ont le potentiel de manquer de nuances.

Il va donc sans dire que j’étais de plus heureux de le joindre par visioconférence, en pleine pause diner, peu avant le printemps, à quelques semaines de sa première visite physique officielle à Moncton en contexte littéraire. Je tiens aussi à souligner au lecteur avisé de la programmation annuelle du Frye, ou gourmand des festins littéraires « soupçonneur », que cet entretien s’est réalisé avant qu’on me propose d’animer cette rencontre, qui se concentrera, au contraire de cet échange, autour de la parution de son dernier roman, L’équation avant la nuit (Mémoire d’Encrier au Canada, JC Lattès en Europe). Comprenez aussi qu’après une telle présentation, je me suis permis de privilégier le tutoiement au vouvoiement habituel.

Question simple au potentiel compliqué : comment te définis-tu?

Effectivement, c’est assez compliqué, parce que je ne réfléchis jamais à ce genre de questions. Je n’éprouve de toute façon pas le besoin de me définir jusqu’à ce que, d’une manière ou d’une autre, la question me soit posée… Et là, quand ça arrive, y a beaucoup d’angles par lesquels je pourrais me définir…

Comme tu le sais, j’ai quand même au moins deux vies : le côté artistique (peut-être qui t’intéresse ici un peu plus) et un côté plus professionnel/classique/fonctionnaire qui est peut-être moins pertinent dans ce cas-ci.

En fait, les deux m’intéressent. C’est pour ça aussi que je te l’ai posée, parce que la multiplicité de tes vies m’intéresse, tout comme leur potentiel d’influence dans ton parcours littéraire.

Dans ce cas, je dirais que je me vois comme un écrivain-juriste afro-canadien d’origine congolaise. Et dans cette afro-canadianité (si ça peut se dire ainsi), il y a d’autres couches qui peuvent être convoquées -si besoin- notamment mon ancrage dans la francophonie ontarienne. Donc, sans être dans la posture de l’auteur qui s’attacherait à une forme d’exclusivité, les trois principaux traits qui me viennent à l’esprit quand cette question m’est posée sont ceux-là : un juriste à la ville, mais également un écrivain afro-canadien qui a depuis plus de quinze ans un ancrage dans l’espace culturel franco-ontarien. J’ai la faiblesse de croire que ça se complète assez bien, que ça dit qui je suis, d’où je parle, et dans une certaine mesure ce qui m’a construit pour être le personnage public que l’on connait.

Est-ce qu’il y a un moment où t’as pris conscience dans ton parcours d’écrivain que tu écrivais une « Œuvre » (au sens d’une œuvre multiple avec plusieurs livres), et si oui, comment ça a affecté ton écriture ?

Ah là là. C’est pas une question simple non plus.

Non non. (Rires).

C’est bien que ce soit posé de cette manière-là, « à partir de quel moment », parce qu’il y a des auteurs qui, dès le départ, se croient, pour milles raisons, habités par une sorte de feu sacré, peut-être même une mission. Ils et elles se disent : je serai écrivain ou rien d’autre. Je pense notamment à un ami excellent poète, slammeur et romancier d’origine camerounaise habitant en France, Marc-Alexandre Oho Bambe, qu’on appelle aussi Capitaine Alexandre, que tu connais peut-être [pas encore, mais j’y travaille]. Lui dit que depuis son enfance, il savait qu’il serait écrivain, ou alors il passerait à côté de sa vie. Pour lui comme pour tant d’autres, tout était là dès le départ, et il ne lui restait plus qu’à remplir le verre vide que la vie avait placé devant lui, en lui disant : « Tu seras fait de prose, de poésie et de rêves, alors écrivain tu deviendras ».

Pour moi, ce n’était pas du tout le cas. Les choses se sont faites progressivement, parce que j’ai résisté longtemps à être publié. Pas à écrire, hein ? Parce que j’ai toujours écrit, depuis la tendre enfance. Différents genres comme le théâtre (on a déjà parlé, toi et moi, du fait qu’à bien des égards je viens, comme toi, du théâtre), la poésie en parallèle, ensuite les nouvelles, bref, un peu de tout. Il y avait cependant un mélange de pudeur et de détachement. Je disais à mes proches : « Je le fais pour le plaisir, pas besoin d’aller plus loin que ça, bâtir des châteaux en Espagne ». Jusqu’à ce qu’une personne avec qui j’avais passé quelques années de ma vie me convainque, peu de temps après mon arrivée au Canada, d’envoyer un manuscrit chez un éditeur.

C’est dire que la démarche, l’impulsion pour la publication, m’était étrangère au départ. Si bien que l’ambition de vouloir faire Œuvre, de vouloir bâtir un corpus qui dans la durée devient une somme plus ou moins cohérente de mes écrits littéraires, n’allait pas de soi. Pour revenir à la question, je crois que là où la tentation de l’œuvre s’est imposée et est devenue tangible, c’est à partir du troisième roman. Avec le premier, il y avait quelque chose de l’ordre de : « Là, bon, d’accord, je vais te faire plaisir. Tu veux que j’envoie un roman en gestation, je le fais et les dés en sont jetés ».

Ensuite, tu entends dire que le deuxième livre est le plus difficile, puisque « les attentes du public existent désormais et ça, c’est pas évident, c’est à la fois une bonne et qu’une mauvaise chose. » Et là, est arrivé le plaisir de continuer ce que j’avais commencé, puisque les débuts semblaient plutôt prometteurs, à en juger par les retours les moins complaisants, y compris l’intérêt manifesté par un réalisateur dont on a aimé le travail au cinéma, Rachid Bouchareb pour ne pas le nommer [il en a acquis les droits pour une adaptation cinématographique qui n’a malheureusement pas encore vu le jour]. Tous ces éléments mis ensemble m’ont donné envie de retourner à la planche à dessin pour vérifier si la suite serait plus difficile. Il n’y a, me semble-t-il, pas de littérature sans une sorte de mise en danger permanente, sans le risque de se planter le coup d’après.

Reste que malgré une réception dont je n’ai jamais eu à me plaindre, j’avoue qu’à la suite du deuxième roman, je ne me voyais pas en train de construire une œuvre en tant que telle. Ce n’est qu’une fois le troisième sorti (avec, au passage, la signature chez trois éditeurs différents basés sur autant de continents : Le Seuil en Europe, Mémoire d’encrier en Amérique du Nord et Éditions Vallesse en Afrique) avec une réception beaucoup plus marquée que par le passé, que je me suis dit que quelque chose se passait, comme un subtil basculement. Que c’était probablement le moment de réserver un peu plus de temps et de dévotion à cette activité littéraire qui demeurait très secondaire, mais aussi d’essayer de voir ce qui faisait sens dans ce qui me hantait avant le passage à l’acte d’écrire, puis dans ce je donnais à lire.

Car parlant de l’œuvre en soi, pour moi, ça ne saute pas aux yeux a priori. Je n’écris pas par calcul, mais plutôt au bout d’une série d’obsessions sur des sujets, des questions lancinantes qui sont récurrentes et qui deviennent des désirs irrésolus, des quêtes inabouties, au fil du temps. Et là, au troisième roman, je me suis dit « Qu’est-ce qui fait sens dans ce que je propose ? ». Parfois, je trouve des bouts de réponses par moi-même, parfois je lis des travaux critiques sur mon travail (universitaires ou dans la presse) en Afrique, en Europe ou ici. Autant de bonnes âmes qui cherchent elles aussi à trouver un sens, et qui parfois m’aident à mieux décrypter le territoire intime de ma propre prose, de mes propres idées, des choses vis-à-vis desquelles je n’ai pas forcément de recul dans la frénésie de la création et qui concourent à ce qu’on appelle « œuvre ».

Comment ton travail comme juriste influence ton travail d’écriture?

Pour moi, c’est pas si simple à déceler, parce que quand je suis dans l’écriture, je ne sais pas quelles sont les armes ou les outils que j’utilise. Je sais en revanche que, de manière générale, la création littéraire est nourrie de plusieurs influences. Par exemple, certaines nous viennent de livres que nous lisons, que l’on parle d’une monographie de philosophie du droit signée par John Locke, d’un essai sur l’Égypte antique de Cheikh Anta Diop ou de la poésie contemporaine de Joséphine Bacon. D’autres nous viennent de livres que nous n’avons pas lus, mais qui, parce qu’ils ont « contaminé » ceux que nous avons lus et relus, ont sur notre esprit, malgré notre non-lecture de l’œuvre originale, une influence indirecte. Et c’est dans cette dialectique de multiples cours d’eau qui se jettent les uns dans les autres pour former l’océan dans le ventre duquel on crée, que s’inscrit en partie, l’influence de mon profil de juriste sur mon écriture.

Je ne dirais pas que je sais précisément où se situe les points d’arrimage. Je la vois plutôt, cette influence, comme une force latente. Ce que je sais, malgré tout, c’est que le juriste en moi a le souci de la cohérence. Il n’y a pas de raisonnement en droit sans cohérence. Et même si je ne recherche pas de manière consciente une certaine cohérence au moment d’écrire, je peux voir, quand je me relis ou que je lis des critiques qui cherchent à trouver une sorte d’harmonie à mes écrits, qu’elle pourrait tenir une part de son explication dans ce bagage, dans ce substrat latent. Je suppose aussi (mais ce n’est là qu’une hypothèse) que le fait de faire ses armes au Barreau inculque un rapport au Verbe comme outil performatif. Dès lors, cette recherche du mot juste, dans la forme et sur le fond, puis d’un certain panache dans la manière de présenter, s’invite en exutoire au moment de prendre la plume. Reste qu’encore une fois, ce n’est pas de manière consciente que cela est vécu. C’est plus un soupçon d’une influence hors lectures strictement littéraires qui se serait sédimentée dans mon esprit et qui donnerait à mon écriture un contenu et une esthétique qu’elle n’aurait probablement pas si j’avais fait des études en agronomie (par exemple).

Quelle place t’accordes au réel et à la fiction dans ta création ?

Je crois que mes textes le démontrent de manière assez claire, parce que trois livres sur quatre (sans l’avoir planifié) sont des uchronies [pour info : J’irai danser sur la tombe de Senghor, Dans le ventre du Congo, L’équation avant la nuit]. Je pars de ce qui est accessible à tout le monde, le factuel, ce que l’histoire nous a transmis, pour ensuite broder une dimension fictionnelle. Une dimension où on se détache du côté très matériel et rigide des réalités qui sont convoquées pour insuffler quelque chose de l’ordre de la sublimation, avec une pensée derrière, parfois des enjeux philosophiques (la trahison, de la quête du père, la transmission, le rôle de l’écrivain, la mémoire, pour se cantonner à L’équation avant la nuit). Et comme je suis aussi passionné par l’histoire, je vais souvent me saisir de ces faits tirés du passé avec l’idée de les placer en résonance avec des enjeux contemporains. C’est dans ce va et vient, ce « tango de la mémoire », en réalité une double temporalité, que j’essaie de jouer entre réalité et fiction, plutôt que d’être dans la chronique du réel, dans laquelle journalistes et documentaristes excellent souvent pour notre grande curiosité du monde et du vivant.

Des pans de l’histoire sous-exploités dans la littérature (c’est ma perspective) semblent souvent la porte d’entrée de vos romans. À quel point c’est un procédé conscient, et si ce l’est, qu’est-ce qui fait qu’un sujet s’impose sur un autre ?

C’est un procédé qui est devenu conscient au fil du temps. Je suis passionné par l’histoire depuis l’enfance (j’ai même songé un temps, étant jeune, à devenir historien). Et quand les questions liées à la grande Histoire me viennent, elles sont souvent liées aux voix ou aux récits manquants, par opposition au « danger du récit unique » (pour citer le concept de Chimamanda Ngozi Adichie).

Et la question « qu’est-ce qui manque ? » peut rapidement guider le regard que je pose sur les récits rapportés, les narratifs dominants, ceux qui ont façonné l’imaginaire collectif. Par ailleurs, une partie de mon identité étant africaine, je reste conscient que l’équation coloniale a fait en sorte que les récits manquants sont souvent ceux des peuples naguères dominés. La raison, toute simple, en est qu’avec les corpus qui nous sont parvenus sous différents supports, notamment au cœur de ce que le penseur d’origine congolaise V. Y. Mudimbe a appelé « la bibliothèque coloniale », la « grande Histoire » porte la signature des empires coloniaux. Là-dedans, des points de vue sont tantôt effacés, tantôt édulcorés. Puisque toute écriture est une prise de parole « pensée » et « située », j’essaie de voir comment, d’un point de vue qui serait décentré, l’on pourrait compléter le portrait en rapiéçant les récits, à partir de ce que je sais, de ce qui m’a été raconté, de ce qui, à une période donnée, a été silencé. Je m’octroie le droit de rajouter une pièce au puzzle, ou encore de remplacer une pièce contrefaite, comme dans une tentative de s’assurer que la pièce manquante avec toutes les perspectives dont elle recèle, trouve sa place dans le casse-tête du monde.

À mon sens, ton œuvre regorge de personnages ambigus. Comment fait-on cohabiter le meilleur et le pire de l’humanité dans un roman, voire dans un personnage ?

C’est la condition première pour avoir des personnages crédibles et habités, auquel notre lecteur, quelqu’un d’intelligent, va s’identifier. Des personnages qui seraient foncièrement noirs (dans le sens de la noirceur de l’âme), mauvais, ou candides, sans aspérité, ne font pas de bons personnages de romans. La condition humaine est telle que nous avons chacun une part d’ombre et une part de lumière. Dans certaines circonstances de la vie, dans certains contextes ou chez certaines personnes, une part va prendre plus de place que d’autres. La beauté du roman, à mon sens, c’est de pouvoir jouer avec la mise en avant de ces deux versants de l’humanité, et de trouver, selon l’intrigue qu’on apporte, la manière dont ces facettes donnent du relief à notre roman. Tout se joue à ce niveau-là. J’essaie donc de voir comment ne pas avoir des personnages interchangeables, surtout quand ils sont dans le même camp.

T’es un grand voyageur. Quel est le plus grand piège, ou encore le plus grand avantage, à cumuler les provenances et les ancrages ?

C’est peut-être (et c’est une présomption, elle ne se vérifiera que difficilement) une préparation à une certaine ouverture d’esprit pour des cultures et sensibilités qui ne sont pas celles d’un milieu qui se replie sur lui-même, ou encore un lieu unique. Je crois que s’il n’y avait en moi qu’un congolais de l’ethnie Bakongo qui n’aurait jamais voyagé et qui resterait arcbouté à ses traditions ancestrales (pour le dire de cette manière-là), d’arriver dans un pays comme le Canada et d’être confronté à des réalités sociologiques (prenons l’exemple de la liberté dont jouissent les personnes homosexuelles, ou même transgenres sur le plan juridique – malgré les batailles qui demeurent actuelles sur le plan social –), le choc serait sans doute plus grand, tout comme ma capacité à embrasser ces questions sans que ça me pose problème, ou encore à les prendre comme des évidences.

Je parle pour moi, évidemment, puisqu’on pourrait me rétorquer que nombre de gens voyagent en gardant une certaine prison dans leurs têtes. Je crois tout de même que ça favorise une ouverture des perspectives, une propension à voir le monde avec les yeux des autres. J’ajouterais à ça qu’on peut parvenir aussi, et c’est tant mieux, grâce entre autres à la littérature et d’autres formes d’art (le cinéma, le théâtre, notamment), à s’intéresser, découvrir, voire à faire siennes des causes du vaste monde. Je prends l’exemple d’une pièce de théâtre sur l’apartheid sud-africain au milieu des années 70 qui m’a présenté cette cause dont j’ignorais tout, et qui a directement semé la graine qui ferait de moi le juriste de droits humains que je suis aujourd’hui.

C’est quoi l’importance du politique dans le geste d’écrire ?

Je crois que le geste d’écrire est en lui-même politique. Quand un régime dictatorial ou fasciste prend le pouvoir, il s’en prend aux écrivains. Toute puissance liberticide a tendance à se méfier de ceux qui écrivent, puisque le fait-même de s’y prêter est un acte politique. Dans mon cas, je dis que le sens est double, puisque les questions au cœur de mes livres sont politiques. Que ce soit sur la mémoire coloniale, les questions de racismes, d’identité, la dictature, la prédation des ressources minières, les dynamiques entre les grandes puissances financières du Nord et les populations démunies du Sud, de par le geste que je pose en choisissant d’être auteur et de par celui que je pose en choisissant de traiter de ce type de questions, je me situe dans un engagement doublement politique.

C’est d’autant plus vrai que dans mon cas, ma deuxième vie (celle de fonctionnaire) vient avec, dans nombre de domaines, un devoir de réserve. Or, je suis une personne foncièrement politique, et ma chance d’être écrivain, c’est que je peux jouer sur ces deux plateaux. Je demeure à la fois loyal à mon éthique professionnelle et à mon code déontologique, sans que ceux-ci n’entrent en conflit avec ce que ma la liberté artistique me permet d’exprimer à travers ma création littéraire. Voilà une belle gageure !

C’est quoi la place de l’écriture des autres dans ton processus de création ?

À mon sens, il n’y a pas d’écrivain qui ne soit avant tout un grand lecteur. Je dois beaucoup à chacun des écrivains que j’ai lus. Il n’y a pas de livres qui nous laissent totalement hermétique. Certains nous marquent plus que d’autres, mais je pense que nous écrivons qui nous lisons. Nous avons un peu de ceux que nous avons lus qui transparait en nous.

Encore une fois, certains auteurs laissent une empreinte plus grande que d’autres. J’ai souvent dit que c’est après avoir cherché longtemps à devenir un nouveau Sony Labou Tansi que j’ai trouvé ma voix en même temps que ma voie. Quand je le découvre jeune, je veux écrire comme lui. Mais après, je me rends compte que c’est impossible, puisque personne, hormis Sony, ne peut écrire comme ce grand écrivain qui fut également un penseur en avance sur son époque. Ceci dit, je me rendrai compte après un certain temps que Sony était aussi, en quelque sorte, en consanguinité littéraire avec Gabriel Garcia Marquez, bien qu’il n’écrive pas exactement comme lui.

Bref, c’est en renonçant à faire du Sony, en me démarquant de lui, que j’ai trouvé cette signature qui est la mienne. Reste que je sais que certains trouveront, ici et là, et sans que cela relève de la matière ou de l’esthétique les plus prégnantes, des parcelles de son écriture témoignant de son influence sur moi. Il y a donc, tapi dans les sillons de ma plume, une partie de ces auteurs qui m’ont marqué, qui finit par rejaillir. J’écris avec eux. Comme parfois j’ai écrit contre certains livres que j’avais lus et qui m’avaient déplu, en me disant « Ah tiens, voici ce qu’il ne faut pas faire ». Tout ça participe à mon instruction et forme, jour à jour, texte après texte, l’auteur que je suis.

Quels sont tes projets à venir ?

Du côté de l’écriture, il y en a deux qui se disputent la primeur présentement. J’hésite entre un essai et un cinquième roman. Dans les prochaines semaines, je déterminerai lequel prendra la primauté, et je m’y plongerai sans doute entièrement, puisque j’ai du mal à mener deux projets parallèles en même temps.

Du côté des fonds de tiroir, je m’étais risqué à l’écriture d’un recueil de poésie il y a de ça quelques temps, que je ressors de temps en temps. J’ai comme projet de le soumettre éventuellement à un éditeur franco-ontarien, si je décide de le mener à son terme.

Et puis, il y a un recueil de nouvelles que je dirige en hommage à Franco Luambo Makiadi grand musicien africain, congolais précisément, qui nous a quittés en 1989. Le livre sortira chez trois éditeurs africains différents, courant 2026, cinq ans après l’inscription de la rumba congolaise dans la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO.

Il y a plusieurs autres sujets dont j’aurais pu traiter avec Blaise. La trahison comme procédé d’écriture, la présence de la musique et du sport dans son œuvre, mais toute conversation qui se termine avec le désir qu’elle se poursuive impose le fait qu’une nouvelle discussion advienne. Et qui sait, peut-être cela trouvera-t-il sa place lors du lunch littéraire du 29 avril prochain, autour de l’écriture de L’équation avant la nuit, en marge de l’édition 2026 du Frye ? Sinon, je vous encourage aussi à découvrir cette sublime « Lettre au jeune moi » rédigée dans le cadre de l’émission Les malins sur les ondes de Radio-Canada.

Pour citer cet article:
Robichaud, Gabriel. « Trouver sa place dans le casse-tête du monde ». Discours/e : Catalogue numérique des littératures et cultures de l’Atlantique, 22/04/2026. https://discours-e.ca/fr/2026/04/22/trouver-sa-place-dans-le-casse-tete-du-monde-2/, consulté le 24/04/2026.
Blaise Ndala sera au Festival Frye !

Gabriel Robichaud

Gabriel Robichaud est un artiste multidisciplinaire de Moncton qui a amorcé son parcours professionnel artistique en 2007. Fort d’un parcours académique en art dramatique à l’Université de Moncton, sa pratique multidisciplinaire le mène à toucher à la fois à la scène, à l’écriture et la mise en scène. Son choix d’ajouter une dimension politique à sa pratique, jumelé à des prises de positions sur la place publique, l’amène aussi à traiter de divers sujets concernant, les arts, la culture et la langue, particulièrement dans les médias.

Gabriel Robichaud
Crédit photo : Annie France Noël

Blaise Ndala

Blaise Ndala est né en RDC et vit à Ottawa. Il est l’auteur de J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’interligne, 2014, Prix du livre d’Ottawa), Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017, Prix Émergence de l’AAOF, Grand Gagnant du Combat national des livres de Radio-Canada), Dans le ventre du Congo (Seuil et éditions Mémoire d’encrier, 2021, Prix Ahmadou Kourouma, Prix Ivoire et Prix Cheikh Hamidou Kane, également finaliste du Prix des Cinq continents de la Francophonie). Il vient de publier L’équation avant la nuit (JC Lattès et Mémoire d’encrier, 2025).
Blaise Ndala
Festival Frye