Pénélope Cormier · Catherine Leclerc
Raoul Boudreau : commentateur, critique, professeur et ami de la littérature acadienne

Dossier : Écrire avec un accent

Ce texte est un extrait de l’introduction Raoul Boudreau : commentateur, critique, professeur et ami de la littérature acadienne1Nous reprenons ici la liste que fait Boudreau lui-même de ses liens avec la littérature acadienne. Voir Boudreau, Raoul. « L’écrivain et les honneurs : la nomination d’Herménégilde Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur », p. 69. by Pénélope Cormier and Catherine Leclerc parue dans Boudreau, Raoul. (2026). Écrire avec un accent. Essais critiques sur la littérature acadienne. Éditions Prise de parole.

En 1994, Raoul Boudreau signait la préface de Lectures acadiennes, ouvrage rassemblant les textes d’Alain Masson sur la littérature acadienne, qui remontent à 1972. « Ce fut la sagesse d’Alain Masson, ce fut la chance de la littérature acadienne qui, tel un enfant princier recevant au berceau les faveurs d’une fée bienveillante, a vu ce critique veiller sur ses premiers pas incertains2Raoul Boudreau, « Alain Masson, la chance de la littérature acadienne », préface à Alain Masson, Lectures acadiennes. Articles et comptes rendus sur la littérature acadienne depuis 1972, Moncton, Perce-Neige et L’Orange bleue éditeur, 1994, p. xiii. », écrit Boudreau dans cette préface. De fait, Lectures acadiennes était le premier ouvrage de critique littéraire entièrement consacré à la littérature acadienne, à laquelle peu d’ouvrages avaient été consacrés jusqu’alors, à l’exception des travaux pionniers de Marguerite Maillet. Boudreau souligne l’heureuse improbabilité que quelqu’un comme Masson, ce Parisien formé à l’École normale supérieure, consacre son attention à cette littérature. Par la même occasion, il illustre implicitement le pouvoir de consécration qui est le sien : sa préface éminemment favorable vient ancrer, autant que le travail de lecture effectué par Masson lui-même, l’oeuvre de ce critique au cœur de la littérature acadienne. Qui douterait de la légitimité d’une oeuvre sur la littérature acadienne présentée et encensée par Raoul Boudreau ?

À maintes reprises au fil de sa carrière, Raoul Boudreau a effectué un tel travail d’encadrement des œuvres et des débats qui marquent la littérature acadienne moderne. En 1997, il signe dans la Revue de l’Université de Moncton un compte rendu de Bloupe (1993), premier roman de Jean Babineau. De ce texte à la structure narrative résolument non conformiste, narré dans un chiac à la fois débridé et non mimétique, Boudreau affirme que « ce n’est pas avec de tels romans qu’on peut espérer remporter le prix France-Acadie. So what ?3Raoul Boudreau « [Critique de Bloupe de Jean Babineau] », Revue de l’Université de Moncton, vol. 30, no 1, 1997, p. 137. » Dès lors, il fait exister Bloupe comme une œuvre acadienne incontournable. En 2002, son introduction au dossier de la revue Éloizes intitulé « Les langues déliées » encadre la polémique entre Gérald Leblanc and Herménégilde Chiasson sur le particularisme linguistique en littérature acadienne4Raoul Boudreau, « Les langues déliées. L’écrivain acadien et la langue », Éloizes, no 31, 2002, p. 7-8.. En 2004, « L’écrivain et les honneurs…5Voir infra, « L’écrivain et les honneurs : la nomination d’Herménégilde Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur », p. 69. », article paru dans la revue Littérature canadienne /Canadian Literature, fait le point sur le paysage littéraire acadien dans la foulée de la nomination de Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick et explique les tensions qui opposent les jeunes poètes du Centre culturel Aberdeen à la figure d’autorité que représente Chiasson. En 2009, il revient sur la scission entre les poètes de la première modernité, tels Leblanc et Chiasson, d’avec l’œuvre d’Antonine Maillet, figure tutélaire devenue figure d’opposition, dont il notait qu’elle avait elle-même déboulonné le mythe d’Évangéline6Voir infra, « Antonine Maillet : de figure tutélaire à figure d’opposition », p. 57..

À l’origine spécialiste d’Alain Robbe-Grillet7Voir Raoul Boudreau, « Un régicide d’Alain Robbe-Grillet, une analyse textuelle », thèse de doctorat, Québec, Université Laval, 1987; « La transformation du mythe en mythe artificiel dans Projet pour une révolution à New York d’Alain Robbe-Grillet », Si que, no 4, 1979, p. 143-155; « Le temps dans Les Gommes », Revue de l’Université de Moncton, vol. 21, no 2, 1988, p. 3-18; « La mer comme métaphore structurelle dans Un régicide d’Alain Robbe Grillet », dans Melvin Gallant (dir.), Mer et littérature, Moncton, Éditions d’Acadie, 1992, p. 27-35; et « Érotisme et écriture chez Alain Robbe-Grillet », dans Armand Morel et Denise Nevo (dir.), L’érotisme en littérature, Halifax, Mount Saint Vincent University, 1995, p. 253-269., Raoul Boudreau est devenu le chercheur offrant le portrait le plus complet et le mieux informé des enjeux de la littérature acadienne. Au tournant des années 2000, Boudreau est l’invité de choix pour présenter et représenter la littérature acadienne à l’international, principalement dans le réseau des études francophones. Il y montre la place qu’occupe la littérature acadienne dans l’espace littéraire francophone international en utilisant les outils conceptuels développés ou sollicités par cette communauté de recherche : la reterritorialisation de la langue dans les littératures mineures de Gilles Deleuze et Félix Guattari, la surconscience linguistique de Lise Gauvin, l’exiguïté de François Paré, l’assimilation et la différenciation de Pascale Casanova, la paratopie et la scénographie de Dominique Maingueneau, etc. C’est en analyste, plutôt qu’en théoricien, que Boudreau s’approprie ce vocabulaire conceptuel, c’est-à-dire en proposant – sauf dans de rares articles plus institutionnels – de judicieuses et fines lectures des oeuvres littéraires acadiennes, qu’il replace dans leurs conditions d’énonciation. Dans une même foulée, il fait de la littérature acadienne un objet d’étude légitime, dont on peut analyser les phénomènes et les oeuvres à partir de concepts qui tiennent compte des circonstances concrètes d’où elle émerge (soit son statut de littérature en situation minoritaire et périphérique), plutôt qu’à partir des types de lecture élaborés pour des contextes majoritaires. Ses travaux soulignent en outre la place unique de la littérature acadienne dans l’espace francophone international : elle est selon lui « la plus exiguë » de toutes les littératures francophones8Voir infra, « La littérature acadienne au sein des littératures francophones », p. 25. et se trouve en « double relation centre /périphérie », à la fois avec le Québec et avec la France9Voir infra, « La littérature acadienne face au Québec et à la France : une double relation centre /périphérie », p. 41 .

Boudreau ne cherche pas à faire seul ce travail d’inscription de la littérature acadienne dans la littérature mondiale. Au contraire, il s’applique avec générosité à développer la continuité des études littéraires acadiennes. En plus de ses fonctions de professeur et de directeur de thèse, il adopte un rôle de mentor pour bien des chercheuses et chercheurs. En 2007, il dirige un dossier sur la littérature acadienne contemporaine dans la revue américaine Québec Studies10Raoul Boudreau (dir.), Québec Studies, no 43 : « La littérature acadienne contemporaine », 2007, p. 1-66.. Sollicitant des contributions à ce dossier, il fait appel à Lise Gauvin, éminente chercheuse québécoise qui a consacré sa carrière aux questions de langue dans les littératures francophones, et collaboratrice de longue date. Il se tourne aussi vers Clint Bruce and Catherine Leclerc, alors en début de carrière, qui produisent tour à tour un article sur le foisonnement linguistique propre à la littérature acadienne : Bruce sur l’œuvre de Jean Babineau, et Leclerc sur la poésie contemporaine, en particulier celle de Georgette LeBlanc. Près de 20 ans plus tard, l’Acadie demeure au coeur de leurs travaux. Leclerc cite Boudreau dans des publications sur le plurilinguisme de plusieurs artistes d’Acadie, mais s’est aussi inspirée de la compréhension qu’il offre du rapport à la langue en littérature acadienne dans ses réflexions sur le rap québécois11Catherine Leclerc, Des langues en partage? Cohabitation du français et de l’anglais en littérature contemporaine, Montréal, XYZ éditeur, 2010, p. 339-375; « “[N]ou rasanble” : rassemblements hétérolingues et hétérogènes dans les chansons de Muzion », @analyses, vol. 16, no 2, 2022, p. 61-80; « Meteghan en modèle : Arthur Comeau et le Québec », Voix et Images, no 150, 2025, p. 45-49.. Quant à Bruce, bien que ses travaux actuels portent peu sur des corpus littéraires, une affinité avec Boudreau s’y fait sentir dans le développement d’une poétique où acadianité et diversité vont de pair12Clint Bruce, « Le Divers et la diversité : quelle différence pour l’Acadie et pour la francophonie nord-américaine? Réflexions autour d’un essai de Joseph Yvon Thériault », Francophonies d’Amérique, no 49, 2020, p. 121-152.. La littérature commentée par Boudreau pouvait être résolument postmoderne sans cesser d’être acadienne.

Sans qu’il s’agisse d’une distinction rigide, les critiques qui font référence à Boudreau puisent à ses considérations tantôt sur la langue littéraire acadienne et tantôt sur l’institution littéraire acadienne, suivant en quelque sorte la division du présent ouvrage en deux parties. Dans son Jouer la traduction, qui porte sur les dramaturgies franco-canadiennes, Nicole Nolette aborde le rôle de l’oralité en littérature acadienne en s’appuyant sur son importance chez Boudreau13Nicole Nolette, Jouer la traduction. Théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2015.. Ancienne étudiante de Boudreau, Chantal Richard revient régulièrement sur les enjeux de cohabitation de langues à propos desquels les recherches de Boudreau ont fourni un modèle. Gardienne des archives de l’écrivain Jean Babineau, elle a décrit avec minutie la langue littéraire déroutante de cet auteur dont elle doit la découverte à Boudreau14Chantal Richard, « La problématique de la langue dans la forme et le contenu de deux romans plurilingues acadiens : Bloupe de Jean Babineau et Moncton mantra de Gérald Leblanc », Studies in Canadian Literature /Études en littérature canadienne, vol. 23, no 2, 1998, p. 19-35; « Les voix /voies du plurilinguisme littéraire à la fin du XXe siècle en Amérique francophone », dans Jean Morency (dir.), Des cultures en contact, Québec, Éditions Nota bene, 2004, p. 249-263; « Déconstruction de la langue ou construction d’une norme chiaque ? La langue inachevée dans les romans de Jean Babineau et France Daigle », dans Janine Gallant, Hélène Destrempes et Jean Morency (dir.), L’œuvre littéraire et ses inachèvements, Longueuil (Québec), Groupéditions, 2007, p. 239-248..

Chez Pénélope Cormier and Benoit Doyon-Gosselin, c’est le volet institutionnel de l’œuvre de Boudreau – ou plutôt le lien que fait Boudreau entre institution et discours littéraire – qui aura le plus d’influence. De son article sur les jeunes poètes acadiens de l’école Aberdeen en 2012 à celui sur le Manifeste scalène et la relève régionale en 201915Pénélope Cormier, « Les jeunes poètes acadiens à l’école Aberdeen : portrait institutionnel et littéraire », dans Jaques Paquin (dir.), Nouveaux territoires de la poésie francophone au Canada, 1970-2000, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, coll. « Archives des Lettres canadiennes », tome XV, 2012, p. 179-204; et « Le Manifeste scalène de la “quatrième génération” d’artistes en Acadie : vers une relève régionale », @nalyses. Revue des littératures franco-canadiennes et québécoise, vol. 14, no 1, 2019, p. 66-99., Cormier montre le même souci, largement hérité de Boudreau, d’aborder les rapports de filiation en littérature acadienne dans une hétérogénéité constitutive à la fois ancrée dans un horizon local collectif et impossible à systématiser. Doyon-Gosselin, de son côté, faisait paraître en 2010 un article panoramique sur les rapports institutionnels entre les littératures francophones du Canada qui, s’appuyant sur la pensée de Jacques Dubois, se situait dans la foulée des publications de Boudreau et en reprenait certaines propositions16Benoit Doyon-Gosselin, « (In)(ter)dépendance des littératures francophones du Canada », Québec Studies, no 49, 2010, p. 47-58.. La perspective de Doyon-Gosselin s’inspire généralement d’abord de la géocritique de Bertrand Wesphalt ; néanmoins, son essai Moncton mentor17Benoit Doyon-Gosselin, Moncton mentor, Moncton, Perce-Neige, 2022. se saisit de la centralité de Moncton chez Boudreau (notamment dans l’article portant sur la création de cette ville comme capitale culturelle dans l’œuvre de Gérald Leblanc18Voir infra, « La création de Moncton comme “capitale culturelle” dans l’oeuvre de Gérald Leblanc », p. 155.) pour articuler une lecture très personnelle du Moncton littéraire. Et s’il repère dans cet article de Boudreau un embryon de géocritique, nous nous permettons de voir chez Doyon-Gosselin une extension de la démarche de Boudreau.

Cette notion de capitale culturelle qu’il attribue à Moncton, Boudreau l’emprunte bien sûr à Pascale Casanova. Et c’est sans doute en grande partie par le biais de ses travaux que les modèles théoriques mis de l’avant par Casanova ont trouvé leur place chez d’autres acadianistes et franco-canadianistes. Dans ses articles « France Daigle, héritière de Gérald Leblanc » et « À la croisée de La Côte de Sable et de King Edward : Ottawa, capitale littéraire de l’Ontario français ? », Ariane Brun del Re reprend la notion de capitale littéraire en situant explicitement sa démarche dans le sillage de Casanova et de Boudreau19Ariane Brun del Re, « France Daigle, héritière de Gérald Leblanc », Revue de l’Université de Moncton, vol. 47, no 2, 2016, p. 47-71; « À la croisée de la Côte de Sable et de King Edward : Ottawa, capitale littéraire de l’Ontario français? », Francophonies d’Amérique, no 34, 2012, p. 105-135.. Dans son ouvrage Décoder le lecteur, c’est à partir notamment des réflexions de Boudreau sur les difficultés de lecture que posent certains textes littéraires acadiens à leur lectorat exogène qu’elle développe la notion de lecture paritaire, à la fois endogène et exogène20Ariane Brun del Re, Décoder le lecteur. La littérature franco-canadienne et ses publics, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2022..

Même les critiques qui se distancient des propositions de Boudreau ne le font pas entièrement et continuent d’en reconnaître l’importance. Ainsi, et par-delà leurs divergences, Andrea Cabajsky and Matthew Cormier, tout en situant leur travail dans le sillage de réflexions sur la World Literature, renvoient tous deux à la « double relation centre /périphérie » qui, selon Boudreau, caractérise la littérature acadienne. « Boudreau’s assessment of Acadian literature as caught in a “doublebind” between francophone majorities in Quebec and France remains, two decades later, one of the most influential comments on the imagined nation’s literature by one of its own scholars21Matthew Cormier, « Complicating World Literature in the “Minor” Context : Translation and the Acadian Literary Ecosphere », Studies in Canadian Literatures / Études en littérature canadienne, vol. 45, no 1, 2020, p. 240. », écrit Matthew Cormier. Cabajsky, de son côté, lorsqu’elle propose de considérer la littérature acadienne comme une littérature « ultramineure », donne à ce terme une valeur dialectique apte à surmonter l’ambivalence identifiée par Boudreau entre besoin de reconnaissance et expression contestatrice d’une différence22Andrea Cabajsky, « Francophone Acadian Literature as an Ultraminor Literature. The Case of Novelist France Daigle », Journal of World Literature, vol. 2, no 2, 2017, p. 158-1779.

Par-delà ces renvois directs, on mesure toute l’influence de Boudreau au fait qu’elle se fait à présent sentir indirectement, à partir d’une connaissance souvent partielle ou « au second degré » de ses travaux. Partielle, par la lecture de certains seulement de ses articles, trouvés au hasard des bibliographies ou des bases de données ; au second degré, parce qu’elle provient alors de l’enseignement que des étudiantes et étudiants de Boudreau, maintenant professeur·es – et dont nous sommes ! – prodiguent à leur tour. C’est en bonne partie pour permettre à une nouvelle génération d’universitaires et de critiques de découvrir « au premier degré » la vision d’ensemble de la littérature acadienne offerte par Raoul Boudreau que nous proposons cette sélection d’articles. Nous espérons que leur rassemblement en ouvrage permette à ses travaux de (re)circuler plus aisément. En même temps, notre objectif est surtout de rendre compte de la cohérence, de la pertinence et de l’actualité du regard que Boudreau pose sur la littérature acadienne. Le titre Écrire avec un accent a été proposé par Boudreau lui-même à la suite de sa lecture d’un article sur les particularités juives et leurs différents positionnements entre les langues23Murat Nemet-Nejat, « Une question d’accent », traduit de l’anglais par Marie-Andrée Lamontagne, Liberté, vol. 36, no 6, 1994, p. 24-51. [“A Question of Accents,” Exquisite Corpse, no 43, 1993, p. 1-14.]. Dans le contexte acadien, la question de l’accent renvoie évidemment à la différence saillante du locutorat acadien dans le monde francophone, en tant qu’écart par rapport à la « norme » ou au « standard ». Cet écart, Boudreau le revendique pour la littérature acadienne comme une indiscipline, et en fait de façon performative le lieu de son originalité et de son innovation, comme on dit faire force de ses faiblesses.

Pour mettre en évidence la cohérence du regard que porte Boudreau sur l’ensemble de la littérature acadienne contemporaine – son milieu, ses institutions, ses auteurices, ses oeuvres –, le présent ouvrage se lit comme un livre plutôt que comme un recueil d’articles. Les seize textes sélectionnés représentent tout au plus le tiers de la production de Boudreau ; plusieurs articles importants ont été sacrifiés à la logique du livre et à l’articulation de ses chapitres. Une bibliographie complète des articles de Raoul Boudreau sur la littérature acadienne figure cependant en fin d’ouvrage, et des renvois à un certain nombre de ses autres travaux ont été placés en note de bas de page au fil du texte. Par ailleurs, la multiplication des renvois internes permet d’explorer l’ouvrage de façon non linéaire. Publiés sur une vingtaine d’années (de 1996 à 2014), les articles ne sont d’ailleurs pas présentés en ordre chronologique. Nous avons préféré un ordre logique, de manière à reconstruire la vision globale de la littérature acadienne qui sous-tend les travaux de Boudreau. Enfin, toujours dans l’esprit de rendre pleinement justice à cette vision, nous avons remanié légèrement certains passages à l’intérieur des articles. Il s’agissait notamment de dégager ceux-ci de leur contexte immédiat de rédaction (le plus souvent, la publication dans un dossier de revue ou un ouvrage thématique), mais aussi d’éviter les répétitions de chapitre en chapitre. Ainsi, nous avons rassemblé et synthétisé les nombreuses présentations que Boudreau fait de l’Acadie et ses résumés de l’histoire de la littérature acadienne, qui figuraient souvent en tête de ses articles, et les avons placés au début du premier chapitre de l’ouvrage ; pareillement, les définitions du chiac ou de concepts théoriques ont été déplacées à la première occurrence. Il a aussi fallu procéder à un certain nombre de mises à jour factuelles : par exemple, nous avons actualisé les informations concernant les événements marquants de la littérature acadienne dans les dernières décennies – comme la fermeture d’institutions (les Éditions d’Acadie ou la revue Éloizes) ou le décès de figures importantes (Gérald Leblanc ou Antonine Maillet) – et ce, même lorsque les textes ont été publiés avant que ces événements ne surviennent. Enfin, certains passages contextualisés dans le temps ont dû être reformulés ; ainsi, « depuis 1990 », dans un article publié au début des années 2000, devient « dans les années 1990 » dans le chapitre du livre. Tout ce travail demeure superficiel et a pour but d’éviter aux lecteurices de devoir replacer mentalement chaque article dans son moment de publication. Il ne s’agissait pas de « mettre à jour » les réflexions de Boudreau par rapport à un état de la littérature acadienne qu’il observait en tant que quasi-contemporain ; ces réflexions nous semblent au contraire toujours justes, même avec parfois plus de vingt ans de recul.

Néanmoins, il importe de garder à l’esprit que cet ouvrage aborde la littérature acadienne depuis l’émergence contemporaine de celle-ci (en 1958 ou en 1972) jusqu’en 2010 environ, moment du départ de Raoul Boudreau à la retraite. Boudreau commente donc la littérature acadienne sur une cinquantaine d’années, mais ne rend pas compte des phénomènes que l’on voit apparaître au tournant de la décennie 2010 avec l’affirmation de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse. Ainsi, ses remarques sur la littérature acadienne valent pour son « moment Moncton24Voir infra, « La création de Moncton comme “capitale culturelle” dans l’oeuvre de Gérald Leblanc », p. 155. », mais il serait anachronique de lui reprocher de ne pas tenir compte de la contestation récente de cette centralisation culturelle de l’Acadie à Moncton (voire au Nouveau-Brunswick)25Boudreau évoque bien sûr la résistance des autres régions acadiennes à ce phénomène : « Moncton joue le même rôle hégémonique de définition de ce qui compte culturellement en Acadie, centralisme culturel que les Acadiens du nord du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle Écosse lui reprochent beaucoup. » Voir infra, « La littérature acadienne au sein des littératures francophones », p. 25., tout comme on ne saurait tenir rigueur à cet ouvrage de ne pas prendre en compte les oeuvres parues après la date de publication initiale des articles le constituant. Par ailleurs, dans son dernier article publié (le texte paraît en 2014 mais est issu d’une conférence prononcée à l’automne 2011, quelques mois après son départ à la retraite), on voit toute la sensibilité de Boudreau envers la poésie de Georgette LeBlanc qui, en littérature acadienne amorce le « moment » Baie Sainte-Marie /NouvelleÉcosse. Il la compare même favorablement aux romans de France Daigle, en particulier Pour sûr, qui paraît au moment où il prend sa retraite. Plusieurs travaux qui se penchent sur ce « moment » néo-écossais continuent de s’inspirer des méthodes et réflexions de Boudreau. Ainsi, contrastant la production résolument urbaine des poètes de Moncton à la Baie Sainte-Marie rurale évoquée dans Alma, le premier recueil de poésie de Georgette LeBlanc, Jimmy Thibeault souligne la modernité de l’écriture de la poète néo-écossaise. À cette fin, il s’appuie sur la description que fait Boudreau de l’évolution de la poésie acadienne (essentiellement monctonienne dans le propos de Boudreau) comme du passage d’un discours sur l’Acadie en tant qu’espace identitaire défini à un discours qui, sans cesser de s’inscrire dans l’espace acadien, trouve sa spécificité dans une manière originale de s’inscrire dans l’universel26Jimmy Thibeault, « Dire l’Acadie autrement : la reconfiguration des espaces identitaires acadiens dans la poésie récente », dans Jimmy Thibeault, Daniel Long, Désiré Nyela et Jean Wilson (dir.), Au-delà de l’exiguïté. Échos et convergences dans les littératures minoritaires, Moncton, Perce-Neige, coll. « Archipel /APLAQA », 2016, p. 119 144. Poursuivant la réflexion sur l’avènement d’une ruralité moderne en Acadie, Pénélope Cormier se penche, dans son article sur le Manifeste scalène, sur l’entrée du Nord du Nouveau-Brunswick dans la modernité littéraire acadienne, dans la foulée de celle de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse. Or, cette réflexion sur la « sortie de Moncton » à laquelle on assisterait présentement dans la vie culturelle acadienne est encore ancrée dans la pensée de Boudreau, à la fois dans ses propos sur le rôle de Moncton comme capitale culturelle et dans ceux sur la formation de relèves littéraires par continuité autant que par opposition.

Il reste que ce sont surtout aux oeuvres d’Herménégilde Chiasson et de France Daigle que Raoul Boudreau a consacré ses travaux. On ne s’étonnera donc pas que celles-ci figurent en bonne place dans l’ouvrage, faisant chacune l’objet de quatre articles complets. C’est que Boudreau trouve dans leurs oeuvres les meilleures démonstrations, toutes littératures confondues, de phénomènes dont les théories de la littérature cherchent à rendre compte : la conscience « paratopique » du créateur, exacerbée en contexte minoritaire, chez Chiasson ; et le « grouillement linguistique27Alain Masson, Lectures acadiennes. Articles et comptes rendus sur la littérature acadienne depuis 1972, Moncton, Perce-Neige et L’Orange bleue éditeur, 1994, p. 59. » organisé chez Daigle. N’empêche que Boudreau propose des analyses tout aussi éclairantes des œuvres d’Antonine Maillet, de Gérald Leblanc, de Jean Babineau, ainsi que de plusieurs poètes acadiens dits « de la relève » dans les années 1990 à 2005.

Nonobstant la cohérence et la constance de la vision de Boudreau sur la littérature acadienne exprimée dans l’ensemble de ses articles, nous trouvions important de clore l’ouvrage avec le texte que nous avons isolé en conclusion, renommé « La littérature acadienne comme littérature de la résilience », qui fait état d’une certaine évolution de sa perspective. En effet, il semble que Boudreau soit passé d’un regard international, où il s’agissait d’inscrire la littérature acadienne dans le système des littératures francophones (en particulier entre le Québec et la France, ou dans leur ombre), à un regard transnational, par son évocation d’une solidarité en construction entre les littératures acadienne, franco-ontarienne et francophones de l’Ouest canadien. Cette solidarité est au coeur du dossier de la revue Tangence sur les littératures franco-canadiennes préparé en 2018 par Ariane Brun del Re, Pénélope Cormier et Nicole Nolette – où, comme chez Boudreau, les questions institutionnelles côtoient la prise en compte des stratégies linguistiques et discursives qu’offrent les textes littéraires.

Défenseur et analyste de la littérature acadienne depuis une époque où elle existait à peine dans le milieu de la critique littéraire, Raoul Boudreau a puisé ses instruments dans une diversité de modèles théoriques, qu’il sélectionnait pour leur adaptabilité aux conditions d’énonciation spécifiques de la littérature acadienne, mais aussi pour leur attention au travail formel de la littérature. En retour, il a proposé des outils éminemment adaptables, dont la critique littéraire contemporaine renouvelle à présent les usages. Si le recours à un théoricien ou à un autre dans un travail critique le situe quasi irrémédiablement dans une temporalité donnée, la perspective globale qu’adopte Boudreau sur la littérature acadienne nous semble résister remarquablement à l’épreuve du temps. On pourra la prendre pour point de départ de réflexions à venir et la prolonger sans avoir besoin d’en changer les grands axes. Et les critiques qui voudront s’en dégager gagneront à y répondre. Nous espérons donc que le présent ouvrage, motivé tant par l’esprit pratique que par l’admiration, facilitera la dissémination de la pensée de Boudreau sur la littérature acadienne et contribuera à une perpétuation et à un renouvellement de son héritage.

Bibliographie
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  • Leclerc, Catherine. (2010). Des langues en partage ? Cohabitation du français et de l’anglais en littérature contemporaine. XYZ éditeur.
  • Masson, Alain. (1994). Lectures acadiennes. Articles et comptes rendus sur la littérature acadienne depuis 1972. Éditions Perce-Neige et l’Orange bleue éditeur.
  • Murat Nemet-Nejat, (1994) [1993]. « Une question d’accent », traduit de l’anglais par Marie-Andrée Lamontagne, Liberté, vol. 36, n°6. [“A Question of Accents,” Exquisite Corpse, n°43.]
  • Nolette, Nicole. (2015). Jouer la traduction. Théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone, Les Presses de l’Université d’Ottawa.
  • Richard, Chantal. (2007). « Déconstruction de la langue ou construction d’une norme chiaque ? La langue inachevée dans les romans de Jean Babineau et France Daigle », dans Janine Gallant, Hélène Destrempes et Jean Morency (dir.), L’œuvre littéraire et ses inachèvements, Groupéditions.
  • Richard, Chantal. (2004). « Les voix /voies du plurilinguisme littéraire à la fin du XXth siècle en Amérique francophone », dans Jean Morency (dir.), Des cultures en contact, Éditions Nota bene.
  • Richard, Chantal. (1998). « La problématique de la langue dans la forme et le contenu de deux romans plurilingues acadiens : Bloupe de Jean Babineau et Moncton mantra de Gérald Leblanc », Studies in Canadian Literature / Études en littérature canadienne, vol. 23, n°2.
  • Thibeault, Jimmy. (2016). « Dire l’Acadie autrement : la reconfiguration des espaces identitaires acadiens dans la poésie récente », dans Jimmy Thibeault, Daniel Long, Désiré Nyela et Jean Wilson (dir.), Au-delà de l’exiguïté. Échos et convergences dans les littératures minoritaires. Éditions Perce-Neige.

Notes
  • 1
    Nous reprenons ici la liste que fait Boudreau lui-même de ses liens avec la littérature acadienne. Voir Boudreau, Raoul. « L’écrivain et les honneurs : la nomination d’Herménégilde Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur », p. 69. ↩︎
  • 2
    Raoul Boudreau, « Alain Masson, la chance de la littérature acadienne », préface à Alain Masson, Lectures acadiennes. Articles et comptes rendus sur la littérature acadienne depuis 1972, Moncton, Perce-Neige et L’Orange bleue éditeur, 1994, p. xiii. ↩︎
  • 3
    Raoul Boudreau « [Critique de Bloupe de Jean Babineau] », Revue de l’Université de Moncton, vol. 30, no 1, 1997, p. 137. ↩︎
  • 4
    Raoul Boudreau, « Les langues déliées. L’écrivain acadien et la langue », Éloizes, no 31, 2002, p. 7-8. ↩︎
  • 5
    Voir infra, « L’écrivain et les honneurs : la nomination d’Herménégilde Chiasson au poste de lieutenant-gouverneur », p. 69. ↩︎
  • 6
    Voir infra, « Antonine Maillet : de figure tutélaire à figure d’opposition », p. 57. ↩︎
  • 7
    Voir Raoul Boudreau, « Un régicide d’Alain Robbe-Grillet, une analyse textuelle », thèse de doctorat, Québec, Université Laval, 1987; « La transformation du mythe en mythe artificiel dans Projet pour une révolution à New York d’Alain Robbe-Grillet », Si que, no 4, 1979, p. 143-155; « Le temps dans Les Gommes », Revue de l’Université de Moncton, vol. 21, no 2, 1988, p. 3-18; « La mer comme métaphore structurelle dans Un régicide d’Alain Robbe Grillet », dans Melvin Gallant (dir.), Mer et littérature, Moncton, Éditions d’Acadie, 1992, p. 27-35; et « Érotisme et écriture chez Alain Robbe-Grillet », dans Armand Morel et Denise Nevo (dir.), L’érotisme en littérature, Halifax, Mount Saint Vincent University, 1995, p. 253-269. ↩︎
  • 8
    Voir infra, « La littérature acadienne au sein des littératures francophones », p. 25. ↩︎
  • 9
    Voir infra, « La littérature acadienne face au Québec et à la France : une double relation centre /périphérie », p. 41 ↩︎
  • 10
    Raoul Boudreau (dir.), Québec Studies, no 43 : « La littérature acadienne contemporaine », 2007, p. 1-66. ↩︎
  • 11
    Catherine Leclerc, Des langues en partage? Cohabitation du français et de l’anglais en littérature contemporaine, Montréal, XYZ éditeur, 2010, p. 339-375; « “[N]ou rasanble” : rassemblements hétérolingues et hétérogènes dans les chansons de Muzion », @analyses, vol. 16, no 2, 2022, p. 61-80; « Meteghan en modèle : Arthur Comeau et le Québec », Voix et Images, no 150, 2025, p. 45-49. ↩︎
  • 12
    Clint Bruce, « Le Divers et la diversité : quelle différence pour l’Acadie et pour la francophonie nord-américaine? Réflexions autour d’un essai de Joseph Yvon Thériault », Francophonies d’Amérique, no 49, 2020, p. 121-152. ↩︎
  • 13
    Nicole Nolette, Jouer la traduction. Théâtre et hétérolinguisme au Canada francophone, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2015. ↩︎
  • 14
    Chantal Richard, « La problématique de la langue dans la forme et le contenu de deux romans plurilingues acadiens : Bloupe de Jean Babineau et Moncton mantra de Gérald Leblanc », Studies in Canadian Literature /Études en littérature canadienne, vol. 23, no 2, 1998, p. 19-35; « Les voix /voies du plurilinguisme littéraire à la fin du XXe siècle en Amérique francophone », dans Jean Morency (dir.), Des cultures en contact, Québec, Éditions Nota bene, 2004, p. 249-263; « Déconstruction de la langue ou construction d’une norme chiaque ? La langue inachevée dans les romans de Jean Babineau et France Daigle », dans Janine Gallant, Hélène Destrempes et Jean Morency (dir.), L’œuvre littéraire et ses inachèvements, Longueuil (Québec), Groupéditions, 2007, p. 239-248. ↩︎
  • 15
    Pénélope Cormier, « Les jeunes poètes acadiens à l’école Aberdeen : portrait institutionnel et littéraire », dans Jaques Paquin (dir.), Nouveaux territoires de la poésie francophone au Canada, 1970-2000, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, coll. « Archives des Lettres canadiennes », tome XV, 2012, p. 179-204; et « Le Manifeste scalène de la “quatrième génération” d’artistes en Acadie : vers une relève régionale », @nalyses. Revue des littératures franco-canadiennes et québécoise, vol. 14, no 1, 2019, p. 66-99. ↩︎
  • 16
    Benoit Doyon-Gosselin, « (In)(ter)dépendance des littératures francophones du Canada », Québec Studies, no 49, 2010, p. 47-58. ↩︎
  • 17
    Benoit Doyon-Gosselin, Moncton mentor, Moncton, Perce-Neige, 2022. ↩︎
  • 18
    Voir infra, « La création de Moncton comme “capitale culturelle” dans l’oeuvre de Gérald Leblanc », p. 155. ↩︎
  • 19
    Ariane Brun del Re, « France Daigle, héritière de Gérald Leblanc », Revue de l’Université de Moncton, vol. 47, no 2, 2016, p. 47-71; « À la croisée de la Côte de Sable et de King Edward : Ottawa, capitale littéraire de l’Ontario français? », Francophonies d’Amérique, no 34, 2012, p. 105-135. ↩︎
  • 20
    Ariane Brun del Re, Décoder le lecteur. La littérature franco-canadienne et ses publics, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2022. ↩︎
  • 21
    Matthew Cormier, « Complicating World Literature in the “Minor” Context : Translation and the Acadian Literary Ecosphere », Studies in Canadian Literatures / Études en littérature canadienne, vol. 45, no 1, 2020, p. 240. ↩︎
  • 22
    Andrea Cabajsky, « Francophone Acadian Literature as an Ultraminor Literature. The Case of Novelist France Daigle », Journal of World Literature, vol. 2, no 2, 2017, p. 158-1779 ↩︎
  • 23
    Murat Nemet-Nejat, « Une question d’accent », traduit de l’anglais par Marie-Andrée Lamontagne, Liberté, vol. 36, no 6, 1994, p. 24-51. [“A Question of Accents,” Exquisite Corpse, no 43, 1993, p. 1-14.] ↩︎
  • 24
    Voir infra, « La création de Moncton comme “capitale culturelle” dans l’oeuvre de Gérald Leblanc », p. 155. ↩︎
  • 25
    Boudreau évoque bien sûr la résistance des autres régions acadiennes à ce phénomène : « Moncton joue le même rôle hégémonique de définition de ce qui compte culturellement en Acadie, centralisme culturel que les Acadiens du nord du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle Écosse lui reprochent beaucoup. » Voir infra, « La littérature acadienne au sein des littératures francophones », p. 25. ↩︎
  • 26
    Jimmy Thibeault, « Dire l’Acadie autrement : la reconfiguration des espaces identitaires acadiens dans la poésie récente », dans Jimmy Thibeault, Daniel Long, Désiré Nyela et Jean Wilson (dir.), Au-delà de l’exiguïté. Échos et convergences dans les littératures minoritaires, Moncton, Perce-Neige, coll. « Archipel /APLAQA », 2016, p. 119 144 ↩︎
  • 27
    Alain Masson, Lectures acadiennes. Articles et comptes rendus sur la littérature acadienne depuis 1972, Moncton, Perce-Neige et L’Orange bleue éditeur, 1994, p. 59. ↩︎
Cite this document:
Cormier, Pénélope et Catherine Leclerc. « Raoul Boudreau : commentateur, critique, professeur et ami de la littérature acadienne ». Discours/e: Digital Catalogue for Atlantic Literatures and Cultures, 14/09/2026. https://discours-e.ca/en/2026/09/14/raoul-boudreau-commentateur-critique-professeur-et-ami-de-la-litterature-acadienne/, consulté le 15/09/2026.

Catherine Leclerc

Catherine Leclerc est professeure au Département de langue et littérature françaises, où elle enseigne la traduction et les littératures canadiennes et québécoises, surtout celles des minorités linguistiques. Intitulée Des langues en partage? Cohabitation du français et de l’anglais en littérature contemporaine (Prix Gabrielle Roy et finaliste, prix du Gouverneur général), sa thèse de doctorat devenue livre se penchait sur des textes littéraires qui font coexister les langues de manière si intense qu’ils mettent en question la notion de langue du texte servant à catégoriser les littératures. Depuis, elle a continué de s’intéresser au plurilinguisme littéraire, puis à la traduction de cet hétérolinguisme. Ses recherches actuelles portent sur la chanson hétérolingue contemporaine, de même que sur l’écriture et la traduction inclusives.

Catherine Leclerc
Crédit photo : Ève-Marie Leclerc

Pénélope Cormier

Pénélope Cormier est professeure de littérature au campus d’Edmundston de l’Université de Moncton. Ses recherches en littérature acadienne portent, d’une part, sur l’évolution des institutions artistiques et, d’autre part, sur l’analyse des œuvres envisagées dans une perspective à la fois formaliste et sociologique. Elle exerce également une activité de critique artistique et s’intéresse à l’actualité littéraire et artistique franco-canadienne depuis le début des années 2000.

Pénélope Cormier
Crédit photo : Noémie Roy-Lavoie

Raoul Boudreau

Raoul Boudreau est professeur émérite du département d’études françaises de l’Université de Moncton, où il a enseigné de 1975 à 2011. Commentateur assidu de la littérature acadienne contemporaine depuis les années 1970, il est l’auteur de nombreuses publications sur le sujet au Canada et à l’étranger. Il a reçu le prix Marguerite-Maillet en 2011 et est membre de l’Ordre des francophones d’Amérique.

Raoul Boudreau
Crédit photo : Herménégilde Chiasson
Éditions Prise de parole