
Par Éloïse LeBlanc, correspondante Frye
Œuvre en dialogue : J’aurai cent ans d’Hélène Harbec (Éditions du Noroit, 2025)
La citation en exergue, celle d’Andréane Frenette-Vallières, nous place dès l’ouverture du recueil auprès de la notion d’abandon : l’« action de laisser aller son corps, son cœur, son esprit […] à leur pente naturelle1Tiré de la section lexicographie du CNRTL (Centre national des ressources textuelles et linguistiques). ». Après la lecture de quelques pages, il devient évident que m’abandonner à la poésie d’Hélène Harbec est un geste naturel. Elle m’amène, doucement, vers l’essentiel. Elle me confie que, même quand le cœur vacille, le corps est toujours une force de présence. Je sens dans ses vers un corps vulnérable, quoique disponible. Il s’offre, sur un temps long, aux soins de la mère, aux frissons, à ce qui le dérègle, le vieillit, puis l’unit à la nature. La force de présence du corps semble précéder la naissance et promettre de dépasser les derniers battements du cœur.

Le recueil me transporte dans un temps élastique où se côtoient et se frottent l’enfance et l’âge mûr; la peur et la confiance; la simplicité et les paradoxes. Harbec me chuchote un rythme où « tranquillement / la fatigue devient douce / participe à l’abandon ». Son témoignage poétique ne me prescrit rien, elle ouvre plutôt des espaces pour me faire voir les nuances de ma fragilité. Sa voix me tend, dans un geste généreux et délicat, des questions qui résonnent longtemps.
« Est-ce bien le temps / qui nous altère/ ou le pétrissage / de la matière / d’aimer ? »
C’est ce que fait Hélène Harbec. Elle pétrit avec amour la matière qu’est le langage, elle ralentit le temps pour qu’il altère ses lecteur-ices en toute conscience.
« Mais quelle est cette présence / derrière mes yeux / vers quoi tous ces élans ? »
Je deviens attentive à ce qui se faufile, à ce qui stagne en moi, dans mon propre corps. Ce texte développe une poétique de l’attention qui est offerte à celle qui lit, si elle se munit de patience. Elle me transmet sa « ferveur / pour les petits riens ».

Je referme le recueil. Comme l’oiseau sur la page couverture, avec l’intuition du trait à main levée, j’ai plané un moment au-dessus du bruit et de l’agitation. Je me suis permis l’émerveillement face au désordre. J’ai observé le corps qui sort de son alignement pour trouver des postures qui lui conviennent mieux. J’ai aperçu de loin les ruines, les corps qui ne retrouvent pas leur intégrité. Ce que j’ai vu, surtout, c’est la grande lumière qui émane de J’aurai cent ans, où l’abandon n’est pas une perte.
Notes
- 1Tiré de la section lexicographie du CNRTL (Centre national des ressources textuelles et linguistiques).
Pour citer cet article:
Hélène Harbec sera au Festival Frye !
- Quand le corps se souvient — 25 avril à 13 h
- Écrire avec un accent. Hommage vivant à Raoul Boudreau — 29 avril à 15 h
- Épistola : Table ronde — 2 mai à 11 h
Éloïse LeBlanc
Éloïse LeBlanc (elle) est une autrice, artiste et travailleuse culturelle qui cultive l’hypersensibilité, partage ses textes à voix basse et s’attarde aux textures côtières maritimes ; elle s’intéresse aux univers minuscules et aux manières de les magnifier. En 2022, elle publie Le hoquet en pulpes aux éditions de La maison en feu. Plusieurs de ses textes trouvent refuge en revues (Estuaire, Nyx, Saturne, Les Éphélides). Elle est fondatrice et directrice générale du Projet Borgitte à Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick.

Hélène Harbec


