{"id":3345,"date":"2025-07-17T11:51:05","date_gmt":"2025-07-17T14:51:05","guid":{"rendered":"https:\/\/discours-e.ca\/?p=3345"},"modified":"2026-07-14T08:53:04","modified_gmt":"2026-07-14T11:53:04","slug":"entrevue-avec-stanley-pean-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/2025\/07\/17\/entrevue-avec-stanley-pean-2\/","title":{"rendered":"Entrevue avec Stanley P\u00e9an"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"602\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?resize=602%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3368\" style=\"width:462px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?resize=602%2C1024&amp;ssl=1 602w, https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?resize=176%2C300&amp;ssl=1 176w, https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?resize=768%2C1306&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?resize=904%2C1536&amp;ssl=1 904w, https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/9782764628096_large.jpg?w=920&amp;ssl=1 920w\" sizes=\"auto, (max-width: 602px) 100vw, 602px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par <a href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/correspondant\/gabriel-robichaud-fr-fr\/\" data-type=\"correspondant\" data-id=\"1733\">Gabriel Robichaud<\/a>, correspondant Frye<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/correspondant\/stanley-pean-fr\/\" data-type=\"correspondant\" data-id=\"2463\">Stanley P\u00e9an<\/a> porte de nombreux chapeaux et repr\u00e9sente bon nombre de choses pour bien des gens. Reste que, pour moi, il demeure indissociable de mes d\u00e9buts dans le milieu litt\u00e9raire, alors qu\u2019il constituait, avec Perrine Leblanc, Catherine Leroux et moi, le quatuor d\u2019invit\u00e9s de ma premi\u00e8re table ronde en Salon du livre, un midi d\u2019octobre \u00e0 Dieppe en 2011. Un peu moins de 14 ans plus tard, c\u2019est beaucoup plus conscient de son riche parcours et de son impressionnante feuille de route, et beaucoup plus d\u00e9pourvu de cheveux sur la t\u00eate, que je lui donne rendez-vous. Cet entretien du 19 avril 2025, \u00e0 quelques jours de son d\u00e9part pour le Festival Frye, se passe dans la mythique Br\u00fblerie Saint-Denis (anciennement le caf\u00e9 des Deux-Marie), non loin du Centre du Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Aujourd\u2019hui o\u00f9 je jouerai mon spectacle <em>Parler mal <\/em>quelques heures plus tard. Portrait d\u2019une des plumes les plus originales et prolifiques du Qu\u00e9bec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Comment te d\u00e9finis-tu?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019abord et avant tout comme un \u00e9crivain. Je veux dire, excluant du fait que je sois citoyen et tout \u00e7a, professionnellement, je suis un \u00e9crivain. Un \u00e9crivain m\u00e9lomane. C\u2019est pas innocent cette dimension-l\u00e0, l\u2019amour de la musique. \u00c7a a beaucoup nourrit mon \u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>T\u2019\u00e9cris des livres depuis pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies&#8230; C\u2019est quoi la question qu\u2019on ne t\u2019as jamais encore pos\u00e9e par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une tr\u00e8s bonne question, je ne sais pas. J\u2019en ai tellement donn\u00e9 des entrevues (rires). Je continue \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Y a-t-il des questions que t\u2019es \u00e9coeur\u00e9 de r\u00e9pondre, ou des sujets dont on t\u2019as parl\u00e9 trop souvent, ou qui prennent trop de place dans les conversations?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, je ne pense pas. \u00c9videmment, je suis toujours \u00e9tonn\u00e9 de voir que les gens pensent que la radio, c\u2019est mon activit\u00e9 principale. C\u2019est vrai que c\u2019est mon gagne-pain, mais c\u2019est la litt\u00e9rature qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 la radio, et non l\u2019inverse. Les gens peuvent parfois penser que je suis un animateur de radio qui s\u2019est mis \u00e0 \u00e9crire, mais c\u2019est faux. Je fais de la radio depuis quand m\u00eame un moment (je suis rentr\u00e9 \u00e0 Radio-Canada en 2001), mais \u00e7a veut dire que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une pratique d\u2019\u00e9crivain qui \u00e9tait bien \u00e9tablie \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 quel moment tu prends conscience que tu te mets \u00e0 \u00e9crire une \u0152uvre \u00ab&nbsp;avec un o majuscule&nbsp;\u00bb?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pas \u00e0 moi de d\u00e9cider si y a un \u00ab&nbsp;o&nbsp;\u00bb majuscule ou pas, mais j\u2019ai voulu \u00eatre \u00e9crivain, en tout cas, d\u00e8s l\u2019adolescence. Quand j\u2019avais 14 ans, j\u2019ai lu <em>L\u2019\u00e9tranger <\/em>d\u2019Albert Camus, pis c\u2019est vraiment le livre qui a chang\u00e9 ma vie. J\u2019ai referm\u00e9 ce roman, j\u2019ai dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00e7a, je sais ce que je vais faire de ma vie, je vais \u00e9crire des livres&nbsp;\u00bb. Le choc avait \u00e9t\u00e9 profond. Et encore aujourd\u2019hui, quand je repense \u00e0 Camus, ou quand je le relis, y a quelque chose de vertigineux dans mon admiration pour lui. M\u00eame avec les d\u00e9fauts qu\u2019on peut lui trouver, m\u00eame avec les failles, les incoh\u00e9rences, \u00e7a reste quand m\u00eame un personnage assez droit, assez exemplaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019est fascinant, j\u2019ai red\u00e9couvert Camus dans la derni\u00e8re ann\u00e9e. J\u2019ai relu <em>L\u2019\u00e9tranger<\/em>, j\u2019ai relu <em>La chute<\/em>\u2026<\/strong><sup id=\"mfn-content-0000000000004a3e0000000000000000_3345-1\" class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop\" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000004a3e0000000000000000_3345\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000004a3e0000000000000000_3345-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Note du correspondant&nbsp;: j\u2019avoue avoir trouv\u00e9 \u00e9trange que Camus vienne se pointer le bout du nez dans cette conversation. J\u2019ai m\u00eame h\u00e9sit\u00e9 un instant \u00e0 en parler \u00e0 Stanley, tout comme j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 couper ce passage de l\u2019entretien. En m\u00eame temps, je crois en l\u2019importance de ce type de co\u00efncidences qui n\u2019en sont sans doute pas une. Quelques jours apr\u00e8s l\u2019entretien, je me suis procur\u00e9 \u00e0 la librairie Gallimard un exemplaire d\u2019un Hors S\u00e9rie du Journal Le Monde sur Albert Camus, \u00e9dition r\u00e9vis\u00e9e en 2025, que je me suis mis \u00e0 lire, sans me souvenir de ce moment, dans les m\u00eames jours o\u00f9 je r\u00e9digeais ce texte. Comme quoi\u2026<\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La chute<\/em>! Quel chef d\u2019\u0153uvre, <em>La chute<\/em>!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c7a a pas de bon sens! <em>La peste, <\/em>que j\u2019ai lu pour la premi\u00e8re fois<\/strong>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles de <em>L\u2019exil et le royaume<\/em>, m\u00eame ses essais philosophiques, y a des choses qui l\u00e0-dedans n\u2019ont pas beaucoup vieillies<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Comment cette d\u00e9couverte-l\u00e0, \u00e0 14 ans, influence la suite de l\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu vois, avant de lire <em>L\u2019\u00e9tranger<\/em>, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 un lecteur assidu. J\u2019avais lu toutes sortes de choses&nbsp;: des romans d\u2019aventures, des romans de science-fiction, des \u00ab&nbsp;romans-romans&nbsp;\u00bb (de litt\u00e9rature). Mais c\u2019est la premi\u00e8re fois que je prenais conscience de ce que c\u2019\u00e9tait vraiment, mettons, la litt\u00e9rature \u00ab&nbsp;avec le grand L&nbsp;\u00bb\u2026 Bon\u2026 J\u2019ai pas voulu le grand O, tant\u00f4t\u2026 (rires)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019est correct\u2026 Une lettre \u00e0 la fois!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est-\u00e0-dire que derri\u00e8re le texte, y a une vision du monde, y a une pens\u00e9e qui est soutenue par le texte. C\u2019est pas une question de roman \u00e0 th\u00e8ses, c\u2019est pas de \u00e7a dont il s\u2019agit, mais y a une vision du monde qui s\u2019incarne \u00e0 travers une histoire, \u00e0 travers des personnages, et \u00e0 travers, surtout, un style. Et tout \u00e7a, c\u2019est ce qui est rest\u00e9 pour moi le sommet \u00e0 atteindre, l\u2019id\u00e9al inatteignable, parfois, mais c\u2019est \u00e0 \u00e7a qu\u2019on travaille&nbsp;: cr\u00e9er sa propre petite musique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>T\u2019as \u00e9crit des nouvelles, des essais, des romans, de la po\u00e9sie. Qu\u2019est-ce qui d\u00e9termine le choix d\u2019une forme litt\u00e9raire dans un projet d\u2019\u00e9criture plut\u00f4t qu\u2019une autre?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense que c\u2019est le projet lui-m\u00eame. D\u2019abord et avant tout, ce que j\u2019aime faire, c\u2019est raconter les histoires. Mais les histoires sont-elles des histoires que j\u2019invente ou des histoires qui ont lieu que j\u2019interpr\u00e8te? Comme dans le cas de <em>Noir satin<\/em> (je dis \u00e7a parce que le livre traine sur la table), il se trouve que c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une quinzaine de femmes qui ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es par l\u2019Histoire (avec un grand H). C\u2019est d\u2019autant plus fascinant qu\u2019elles ont compt\u00e9&nbsp;: elles ont men\u00e9 des carri\u00e8res exemplaires, admirables, puis elles sont tomb\u00e9es dans les failles du r\u00e9cit officiel du jazz.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre est n\u00e9 d\u2019une observation que m\u2019avait fait une amie qui travaillait aussi \u00e0 Radio-Canada en me disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;me semble qu\u2019on n\u2019entend jamais Hazel Scott \u00e0 ton \u00e9mission&nbsp;\u00bb. <em>Jamais <\/em>est un grand mot -on l\u2019avait entendue- mais je ne lui avais sans doute pas r\u00e9serv\u00e9 la place qu\u2019elle aurait due avoir, comme je l\u2019avais probablement fait pour d\u2019autres grandes compositrices et interpr\u00e8tes du jazz. Et quand je dis \u00e7a, je ne parle pas des chanteuses, parce qu\u2019essentiellement, ce sont pas forc\u00e9ment des chanteuses qui sont dans <em>Noir satin, <\/em>ce sont plus les musiciennes. Il se trouve que des fois elles chantent\u2026 Par exemple, Valaida Snow, elle est trompettiste et chanteuse, mais elle est avant tout trompettiste. Puis apr\u00e8s, les chanteuses, on les connait, entre autres parce qu\u2019il y a cette id\u00e9e -c\u2019est une image d\u2019\u00c9pinal, un clich\u00e9- que la femme dans le milieu du jazz, c\u2019est une chanteuse en robe de satin noir devant un micro, pis un <em>band <\/em>en arri\u00e8re. C\u2019\u00e9tait contre cette image-l\u00e0 que j\u2019ai \u00e9crit le livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelle place tu fais aux \u00e9crits\/aux \u0153uvres des autres dans tes \u00e9crits, premi\u00e8rement, et apr\u00e8s \u00e7a, dans ton processus d\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense que tout \u00e9crivain \u00e9crit avec et contre ceux qui sont venus avant lui, et ceux qui sont l\u00e0 en m\u00eame temps que lui. C\u2019est Gilles Vigneault qui dit \u00ab&nbsp;tout a \u00e9t\u00e9 dit, mais pas par moi&nbsp;\u00bb. (Rires). Malraux ou Mauriac, ma m\u00e9moire me fait peut-\u00eatre d\u00e9faut, mais je pense que c\u2019est Malraux, avait dit \u00ab&nbsp;tout a \u00e9t\u00e9 dit, mais comme personne n\u2019\u00e9coutait, on va \u00eatre oblig\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Y a des \u00e9crivains qui m\u2019ont marqu\u00e9 profond\u00e9ment et qui m\u2019accompagnent dans mon \u00e9criture. J\u2019ai parl\u00e9 de Camus, je pourrais parler de Borges, de Kafka, d\u2019Anne H\u00e9bert, de Jacques Ferron, de Jacques Stephen Alexis (qui est pour moi le plus grand \u00e9crivain ha\u00eftien du 20<sup>th<\/sup> si\u00e8cle)\u2026 Ce sont des gens qui sont tous des mod\u00e8les, et qui sont tous des maitres (dans le sens qu\u2019ils m\u2019ont appris des choses). Et l\u2019id\u00e9e, ce n\u2019est pas de faire comme eux, mais de m\u2019inspirer d\u2019eux pour faire comme moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c7a n\u2019existe pas vraiment la comp\u00e9tition entre \u00e9crivains. Je pense qu\u2019on est en comp\u00e9tition avec soi-m\u00eame. Chaque livre devrait \u00eatre meilleure que le pr\u00e9c\u00e9dent. \u00c7a, c\u2019est l\u2019id\u00e9al d\u2019un \u00e9crivain. Je ne veux pas \u00eatre meilleur qu\u2019Anne H\u00e9bert, je veux \u00eatre meilleur que mon dernier livre. C\u2019est \u00e0 \u00e7a que je travaille, et donc je travaille avec ce que m\u2019ont appris mes lectures. La litt\u00e9rature, c\u2019est pas un art qui se fait dans le vide. Y a 5000 ans de litt\u00e9rature derri\u00e8re nous\u2026 Il serait bien pr\u00e9tentieux celui qui dirait \u00ab&nbsp;j\u2019ai invent\u00e9 quelque chose&nbsp;\u00bb\u2026 Pas s\u00fbr\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mais tu l\u2019as fait \u00e0 ta mani\u00e8re\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faut le faire \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Est-ce que, dans le processus d\u2019\u00e9criture, tout d\u00e9pendant des projets\u2026 Mettons, pour moi, dans certains projets d\u2019\u00e9criture, telle musique, tel album, ou telle s\u00e9rie d\u2019albums deviennent li\u00e9s. Ma pi\u00e8ce Crow Bar, par exemple, c\u2019est Songs of the Delta Blues de Robert Johnson, Acadie de Daniel Lanois et Les Marquises de Jacques Brel\u2026 Ce sont les albums que j\u2019ai beaucoup \u00e9cout\u00e9 en \u00e9crivant ce projet-l\u00e0, en plus d\u2019une s\u00e9rie de recommandations plus ou moins heureuses d\u2019\u0153uvres \u00e0 lire en rapport avec la pi\u00e8ce. Est-ce que c\u2019est quelque chose qui prend une place dans l\u2019\u00e9criture pour toi?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Y a beaucoup de dialogues avec la musique. \u00c9videmment, dans un livre comme <em>Noir satin<\/em>, ou son pr\u00e9c\u00e9dent, <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em>, je parle de musique, donc j\u2019\u00e9tais plong\u00e9 dans ces musiques-l\u00e0 que j\u2019ai \u00e9cout\u00e9es et r\u00e9\u00e9cout\u00e9es. Et j\u2019ai lu \u00e0 leur sujet pour pouvoir dire ce qu\u2019il y avait \u00e0 dire sur ces artistes qui ont cr\u00e9\u00e9es ces \u0153uvres-l\u00e0 et l\u2019importance qu\u2019ont ces \u0153uvres-l\u00e0 dans un paysage culturel et social. Parce que, encore une fois, ni la litt\u00e9rature ni la musique ne se sont cr\u00e9\u00e9es dans le vide. Il y a quelque chose qui se passe qui fait qu\u2019il y a une r\u00e9ponse d\u2019un artiste. Et cette r\u00e9ponse est l\u2019\u0153uvre devant laquelle on est plac\u00e9s et \u00e0 laquelle on r\u00e9agit \u00e0 notre tour. On est choqu\u00e9s, on est s\u00e9duits, on est charm\u00e9s\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les r\u00e9ponses, toutes les r\u00e9actions sont possibles \u00e0 une \u0153uvre, et donc, c\u2019est comment replacer ces \u0153uvres-l\u00e0 dans leur contexte. Faut d\u2019abord se plonger dans les \u0153uvres en question. Quand j\u2019\u00e9cris sur la litt\u00e9rature (j\u2019ai longtemps tenu des chroniques litt\u00e9raires \u00e0 droite et \u00e0 gauche), faut se plonger dans l\u2019\u0153uvre et voir comment est-ce que cette \u0153uvre-l\u00e0 dialogue avec le contexte, le milieu et l\u2019\u00e9poque qui la voient naitre. C\u2019est tr\u00e8s important, pour moi, \u00e7a. Et puis, \u00e0 travers mes romans, mes nouvelles, y a beaucoup de musique, donc c\u2019est m\u00eame pas un secret\u2026 Elles sont souvent nomm\u00e9es, les musiques qui peuvent avoir inspir\u00e9 une \u0153uvre, parce qu\u2019elles font partie de la \u00ab&nbsp;trame sonore&nbsp;\u00bb de l\u2019\u0153uvre de fiction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tu viens un peu d\u2019y r\u00e9pondre, mais je ne sais pas si t\u2019avais envie de pr\u00e9ciser ou de rajouter des choses (t\u2019en as quand m\u00eame parl\u00e9 \u00e0 quelques reprises)&nbsp;: quelle place occupe la musique dans ton processus de cr\u00e9ation?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des fois (\u00e7a a l\u2019air d\u2019une boutade, mais)\u2026 Des fois, j\u2019ai l\u2019impression que je suis \u00e9crivain parce que je ne suis pas musicien. Pour moi, la musique, c\u2019est l\u2019art supr\u00eame. C\u2019est un art (en litt\u00e9rature, y a que la po\u00e9sie qui s\u2019en approche), un art de libert\u00e9 de totale. On peut interpr\u00e9ter comme on veut la musique (je parle, dans la r\u00e9ception qu\u2019on en a). Carmina Burana, les gens qui pensent que c\u2019est lugubre\u2026 On l\u2019entend des fois dans les fims d\u2019horreur alors que c\u2019est un truc plut\u00f4t joyeux apparemment\u2026 Mais \u00e7a marche aussi dans un film d\u2019horreur. C\u2019est-\u00e0-dire que la lecture qu\u2019on en fait, elle, ne peut pas \u00eatre dict\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un roman, un essai, c\u2019est&nbsp;: j\u2019ai quelque chose \u00e0 dire, je vous raconte quelque chose, et y a un ordre dans lequel le lire, et c\u2019est chaque ligne de la gauche vers la droite (sauf si on lit en arabe). Une musique, tu l\u2019\u00e9coutes, pis apr\u00e8s \u00e7a tu as le droit de sentir ce que tu veux par rapport \u00e0 \u00e7a. C\u2019est un peu ind\u00e9pendant de ce que le cr\u00e9ateur avait voulu. Et c\u2019est la richesse de tout \u00e7a. Y a une esp\u00e8ce de pluralit\u00e9 des lectures et des r\u00e9ceptions en musique qu\u2019on n\u2019a pas vraiment en litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, la musique, j\u2019ai baign\u00e9 l\u00e0-dedans depuis que je suis tout petit. Ma m\u00e8re jouait du piano quand j\u2019\u00e9tais petit. Elle avait cette discoth\u00e8que \u00e9clectique qui allait de la musique de danse ha\u00eftienne \u00e0 la musique de concert europ\u00e9enne en passant par la chanson fran\u00e7aise, la pop, les musiques du monde, le rock\u2026 Y avait de tout dans la discoth\u00e8que de ma m\u00e8re, et donc j\u2019ai eu cette chance de grandir dans un lieu o\u00f9 toutes les musiques \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s \u00e7a, ton oreille et ta sensibilit\u00e9 fait que tu pr\u00e9f\u00e8res telle ou telle sonorit\u00e9. Moi, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rapidement le son de la trompette (je m\u2019en rendais m\u00eame pas compte que c\u2019\u00e9tait ce qui me s\u00e9duisait). Reste que quand je repense \u00e0 des chansons qui m\u2019ont marqu\u00e9es enfants (je pense \u00e0 <em>Isabelle<\/em> de Charles Aznavour, je pense \u00e0 <em>Le petit oiseau de toutes les couleurs<\/em> de Gilbert B\u00e9caud), y a de la trompette l\u00e0-dedans. Adolescent, je me suis passionn\u00e9 pour un groupe de funk et de disco qui s\u2019appelait Kool and the Gang parce qu\u2019il y avait une section de cuivres. \u00c0 la fin de l\u2019adolescence, vers 18-19 ans, je commen\u00e7ais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser davantage au jazz, \u00e0 proprement parler, parce que pour moi (et \u00e7a c\u2019est totalement suggestif), c\u2019est la musique qui a le mieux utilis\u00e9 les cuivres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c7a, c\u2019est ce que je pense moi, mais y en a qui diront que les concertos de trompette en classique, c\u2019est sup\u00e9rieur. \u00c7a ne me touche pas\u2026 La trompette, c\u2019est particulier, c\u2019est un instrument qui est tr\u00e8s d\u00e9clamatoire. Y a quelque chose d\u2019important qui se passe quand une trompette sonne. Dans le jazz, y a des trompettes qui ont un son intimiste, qui expriment la fragilit\u00e9 plut\u00f4t que \u00ab&nbsp;\u00e9coutez-moi&nbsp;\u00bb. Chez Miles Davis et Chet Baker, c\u2019est la douceur. M\u00eame si Miles Davis et Chet Baker n\u2019\u00e9taient parfois pas doux dans leur vie d\u2019homm), leur musique contient une sorte de douceur, de fragilit\u00e9 et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui m\u2019\u00e9meut, et qui fait que je suis tr\u00e8s touch\u00e9 par cette musique, et que c\u2019est devenu mes musiques pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le fait d\u2019\u00eatre commentateur litt\u00e9raire, quelle influence \u00e7a a eue sur ta pratique d\u2019\u00e9criture et\/ou continue d\u2019avoir sur ta pratique d\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai moins de tribunes que j\u2019en ai eue \u00e0 un certain moment (c\u2019est pas un choix particulier). Il se trouve que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 La Presse pendant 3 ans, j\u2019\u00e9tais aux Libraires pendant une douzaine d\u2019ann\u00e9es. Pr\u00e9sentement (je vais y \u00eatre demain matin), deux fois par mois, je suis chez Franco Nuovo le dimanche matin pour parler d\u2019un livre. Compar\u00e9 \u00e0 ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait, c\u2019est pas beaucoup, mais pour moi, c\u2019est indissociable. Encore une fois, je reviens \u00e0 cette id\u00e9e que j\u2019ai dit tant\u00f4t&nbsp;: on \u00e9crit avec tout ce qu\u2019on a lu, tout ce qu\u2019on a entendu. Et quand on commente un livre, on est encore en train de travailler sur la prochaine chose qu\u2019on va dire comme cr\u00e9ateur. Parce que le livre qu\u2019on a lu, bon ou mauvais, a un effet, me fait voir quelque chose du r\u00e9el que je ne savais pas, et que l\u00e0 j\u2019apprends ou que je ressens, et \u00e7a enrichit mon parcours. Le commentateur est l\u2019extension du cr\u00e9ateur en litt\u00e9rature. C\u2019est pas vrai de tous les commentateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>On veut des noms! (rires) Je plaisante.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, je vais te donner des noms! Pour moi, quelqu\u2019un comme Robert L\u00e9vesque, qui est un grand critique litt\u00e9raire, est aussi un \u00e9crivain, m\u00eame s\u2019il n\u2019a jamais \u00e9crit de fiction. Son travail comme critique rel\u00e8ve de la litt\u00e9rature (ce qui n\u2019est pas vrai de tous les critiques). Y a un travail minutieux sur la langue, sur l\u2019expression, sur la mise en forme d\u2019une vision du monde, \u00e0 travers ses lectures du travail des autres, qui fait que c\u2019est de la litt\u00e9rature aussi! Les recensions qui nous disent que tel romancier vient de tel endroit pis qu\u2019il a publi\u00e9 10 livres pis \u00e7a c\u2019est son 11<sup>th<\/sup> pis c\u2019est bon, pis que c\u2019est l\u2019essentiel du propos, ce n\u2019est pas de la litt\u00e9rature, et \u00e0 peine du journalisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tu dis qu\u2019on pense toujours \u00e0 ce qu\u2019on est en train d\u2019\u00e9crire, mais quel poids \u00e7a peut amener sur le geste d\u2019\u00e9crire, le fait de savoir qu\u2019on commente sur les autres? Est-ce que la posture affecte le geste d\u2019\u00e9crire?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut le plus possible le mettre de c\u00f4t\u00e9 quand on \u00e9crit. Quand on \u00e9crit, faut s\u2019investir compl\u00e8tement dans le texte. Bien s\u00fbr, comme je l\u2019ai dit, le contexte, notre <em>background<\/em>, est toujours l\u00e0. Mais quand je suis dans un texte de cr\u00e9ation, faut que je m\u2019abandonne compl\u00e8tement \u00e0 la pulsion cr\u00e9atrice&nbsp;: qu\u2019est-ce que je veux dire? Comment le dire? Quels mots pour le dire? C\u2019est \u00e7a qui doit me pr\u00e9occuper pendant que je suis en train de cr\u00e9er. Mais, comme je l\u2019ai dit, bien s\u00fbr, on le fait avec et contre tous ceux qui sont autour de nous. Donc, \u00e7a a un poids, mais faut \u00eatre capable de le mettre de c\u00f4t\u00e9 le temps de la cr\u00e9ation. Apr\u00e8s, on se relit pis on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;ah, tiens, y a l\u2019influence de ci, qu\u2019est-ce que je fais avec \u00e7a? Je vois l\u2019opinion, je vois l\u2019\u00e9cho de quelque chose\u2026 Est-ce que je le gomme? est-ce que je l\u2019assume? Est-ce que je le pousse plus loin?&nbsp;\u00bb \u00c7a, c\u2019est le travail de r\u00e9\u00e9criture, et donc l\u00e0 aussi intervient le \u00ab&nbsp;poids&nbsp;\u00bb de l\u2019\u0153uvre du commentateur et du lecteur assidu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Je sais que tu varies en fonction des projets, mais c\u2019est quoi la place que t\u2019accordes \u00e0 la fiction et\/ou \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\/v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour moi, la fiction, c\u2019est ce que j\u2019aime le plus, mais la fiction c\u2019est un \u00e9clairage particulier sur le r\u00e9el. La fiction ne peut pas exister sans le r\u00e9el. Y a la r\u00e9alit\u00e9 commun\u00e9ment admise, ce qu\u2019on sait de la r\u00e9alit\u00e9 (qui parfois est faux\u2026 Parfois, ce qu\u2019on a l\u2019impression qui est la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est une fiction en soi)\u2026 Et donc, quand on \u00e9crit, on cherche la v\u00e9rit\u00e9. En fait, on la cherche \u00e0 travers le mensonge (la fiction, c\u2019est pas vrai, donc c\u2019est un mensonge)\u2026 \u00c0 travers ce mensonge-l\u00e0, on essaie de dire quelque chose de vrai pis de profond sur qui nous sommes individuellement et collectivement. Je suis pas po\u00e8te. J\u2019ai tr\u00e8s peu \u00e9crit dans ce genre-l\u00e0. J\u2019ai surtout \u00e9crit de la fiction parce que j\u2019avais le go\u00fbt de raconter des histoires sur qui Nous sommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans le cadre du Frye, tu pr\u00e9sentes <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em>, un spectacle litt\u00e9raire avec des extraits de ton livre du m\u00eame titre. Comment est-ce qu\u2019on transpose la page sur sc\u00e8ne? Qu\u2019est-ce qui motive les choix qu\u2019on fait?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019origine, c\u2019\u00e9tait le spectacle de lancement du livre <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em> qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre du Festival international de la litt\u00e9rature. Donc, j\u2019avais s\u00e9lectionn\u00e9 quelques histoires (y en a beaucoup dans <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em>), des histoires autour de musiciens\/d\u2019\u0153uvres que je trouve fondamentales&nbsp;: Billie Holiday, Miles Davis, Chet Baker, Lou Morgan\u2026 Y en avait plein! J\u2019allais pas lire le livre au complet, donc quelques anecdotes \u00e0 travers le livre et les musiques qui accompagnent ces anecdotes-l\u00e0. Et je demandais aux musiciens qui m\u2019accompagnaient \u00e0 l\u2019origine (y avait Anthony Rozankovic au piano qui sera l\u00e0 \u00e0 Moncton, Samuel Blais au saxophone \u2013 qui ne pourra y \u00eatre et sera remplac\u00e9 par Michel Dubeau \u2013, Michel Donato \u00e9tait \u00e0 la contrebasse \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019\u00e9crivais sa biographie, donc je le fr\u00e9quentais beaucoup, mais entretemps il a pris sa retraite \u2013. \u00c7a devait \u00eatre R\u00e9mi-Jean Leblanc qui le rempla\u00e7ait, mais \u00e0 la derni\u00e8re minute il a du se d\u00e9sister parce qu\u2019il part en tourn\u00e9e en Chine avec Yannick Rieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ah, c\u2019est plate<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0. Bon, y avait quelque chose d\u2019assez amusant d\u2019aller faire \u00e7a \u00e0 Moncton avec R\u00e9mi-Jean, mais donc \u00e7a sera Fr\u00e9d\u00e9ric Darveau qui sera \u00e0 la contrebasse. Ils ont donc \u00e0 interpr\u00e9ter, comme des jazzman interpr\u00e8tent des standards, des pi\u00e8ces que j\u2019\u00e9voque pour cr\u00e9er l\u2019ambiance dont je parle \u00e0 travers les r\u00e9cits pis dont je vais lire les extraits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et est-ce que c\u2019\u00e9tait une commande? Est-ce que c\u2019\u00e9tait un d\u00e9sir?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est Michelle Corbeil qui m\u2019avait propos\u00e9 de faire \u00e7a. C\u2019\u00e9tait la 2<sup>th<\/sup> ou 3<sup>th<\/sup> fois o\u00f9 j\u2019avais un spectacle au FIL (pas un collectif auquel je prenais part. mais vraiment un truc qui reposait sur moi). J\u2019en avais fait un avec Gilles Archambault, quelques ann\u00e9es auparavant. On lisait des extraits de nos \u0153uvres respectives pis on discutait. Gilles Archambault, c\u2019est un ami, c\u2019est un mentor, et c\u2019\u00e9tait autrefois LA voix du jazz \u00e0 Radio-Canada, pis on a d\u00e9velopp\u00e9 au fil des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es un lien tr\u00e8s fort. Pis parce qu\u2019elle nous avait entendu ensemble (y \u00e9tait venu \u00e0 mon \u00e9mission parler pis elle nous avait entendu), Michelle avait dit que ce serait bien de recr\u00e9er \u00e7a. D\u2019ailleurs, pour la Premi\u00e8re de <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em>, pour le lancement du livre, comme il avait pr\u00e9fac\u00e9 le livre (comme il a pr\u00e9fac\u00e9 aussi <em>Noir satin<\/em>), Archambault \u00e9tait l\u00e0 au d\u00e9but du spectacle pour lire des extraits de sa pr\u00e9face.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Qu\u2019est-ce qui change pour toi dans le rapport entre l\u2019\u00e9crit et la sc\u00e8ne?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9videmment, la sc\u00e8ne, c\u2019est de la repr\u00e9sentation. \u00c9crire, c\u2019est un acte solitaire, et lire, c\u2019est un acte solitaire. Les deux actes sont des actes de cr\u00e9ation, ceci dit&nbsp;: je cr\u00e9e un livre qui est recr\u00e9\u00e9 par un lecteur chaque fois qu\u2019il l\u2019ouvre et qu\u2019il y entend ma voix. Un livre, c\u2019est pas fait pour \u00eatre sur sc\u00e8ne, mais en m\u00eame temps, on d\u00e9cide que oui\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On d\u00e9cide que oui, et pis pour \u00eatre sur sc\u00e8ne, on rajoute de la musique, (pis c\u2019est agr\u00e9able, parce que \u00e7a parle de musique), et on cr\u00e9e des ambiances\u2026 Mais \u00e7a reste deux choses diff\u00e9rentes. Il ne faut pas imaginer qu\u2019une \u0153uvre est moindre parce qu\u2019on ne la pr\u00e9sente jamais sur sc\u00e8ne. La vraie finalit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre de fiction (d\u2019une \u0153uvre \u00e9crite, parce que \u00e7a n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre de la fiction), c\u2019est dans le rapport intime entre le texte sur la page et celui qui le lit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>On l\u2019a \u00e9voqu\u00e9 un peu, mais avec <em>Noir satin<\/em>, tu dresses le portrait de quinze musiciennes qui ont connu la gloire avant de tomber dans l\u2019oubli. Question un peu philosophique&nbsp;: qu\u2019est-ce qu\u2019on retient de la gloire?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, c\u2019est une question philosophique. C\u2019est pas que la gloire soit si importante. Je pense pas qu\u2019on fasse \u0153uvre pour \u00eatre populaire, pour obtenir la gloire\u2026 L\u2019injustice \u00e0 laquelle je voulais offrir une sorte de rem\u00e8de, c\u2019est&nbsp;: il n\u2019est pas normal que ces gens qui ont compt\u00e9, qu\u2019on les oublie (parce que ce qu\u2019elles ont fait est encore l\u00e0), et qu\u2019on privil\u00e9gie d\u2019autres pour des raisons qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec \u00ab&nbsp;le talent serait sup\u00e9rieur&nbsp;\u00bb. Mary Lou Williams est aussi importante que Duke Ellington pour qui elle a sign\u00e9 des arrangements. Alors\u2026 On c\u00e9l\u00e8bre Duke, et on le c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 juste titre, mais il n\u2019est pas normal qu\u2019on ne se rappelle pas de qui \u00e9tait Mary Lou Williams. C\u2019est juste une question de justice et d\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tu vois, ma question suivante \u00e9tait \u00ab&nbsp;qu\u2019est-ce qu\u2019on doit pr\u00e9server de l\u2019oubli&nbsp;\u00bb?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce qui nous a enrichit devrait \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9 de l\u2019oubli. Si une \u0153uvre a eu une importance \u00e0 une \u00e9poque, on peut la contester, mais on ne peut pas dire qu\u2019elle n\u2019a pas exist\u00e9. Les \u0153uvres nous ont fait avancer, ont fait avancer leur discipline pis ont fait avancer le public dans sa mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender l\u2019ensemble des \u0153uvres, dans sa mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender aussi l\u2019ensemble des artistes. Cette image, justement, que je dis qui est persistante, de la robe en satin noir, faut aller au-del\u00e0 de \u00e7a, et pour aller au-del\u00e0 de \u00e7a, faut se rappeler qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 que \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans l\u2019\u00e9criture d\u2019un portrait, qu\u2019est-ce qu\u2019on choisit de raconter, d\u2019\u00e9laguer ou de taire, pis comment fait-on ces choix-l\u00e0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces textes-l\u00e0 ont \u00e0 peu pr\u00e8s tous la m\u00eame longueur, parce que la plupart (environ 10, donc le 2\/3) sont parus dans la revue <em>L\u2019inconv\u00e9nient<\/em>. Donc, la longueur du portrait est pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e par la longueur de ma chronique dans <em>L\u2019inconv\u00e9nient<\/em>, si bien que m\u00eame les textes qui n\u2019ont pas paru dans <em>L\u2019inconv\u00e9nient <\/em>ont le m\u00eame format, pour essayer de cr\u00e9er une esp\u00e8ce de coh\u00e9rence. Comment raconter l\u2019histoire d\u2019une carri\u00e8re? J\u2019ai pris 400 pages pour raconter l\u2019histoire de Michel Donato \u2013 j\u2019ai pas 400 pages pour chacune d\u2019entre elles \u2013. Donc, quelles sont les anecdotes les plus marquantes\u2026 Je pense \u00e0 une allemande qui s\u2019appelle Jutta Hipp qui, elle, devant un milieu profond\u00e9ment machiste, s\u2019est tue. Elle a arr\u00eat\u00e9. C\u2019\u00e9tait une pianiste allemande qui a immigr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et qui avait un certain succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leonard Feather, qui \u00e9tait un critique, un historien, un producteur de disque, l\u2019avait vant\u00e9, l\u2019avait port\u00e9 aux nues, l\u2019avait h\u00e9berg\u00e9 chez lui, mais, il avait quelque chose qu\u2019on appellera aujourd\u2019hui le r\u00e9flexe Harvey Weinstein\u2026 Il attendait quelque chose en \u00e9change qu\u2019il n\u2019a pas eu, et du coup, il l\u2019a descendue dans les journaux, y a compl\u00e8tement nui \u00e0 sa carri\u00e8re. Et elle est tomb\u00e9e en d\u00e9pression pis elle a arr\u00eat\u00e9 \u00e7a compl\u00e8tement. Elle, qui \u00e9tait cette pianiste et compositrice, d\u00e9cide de se retirer du milieu de la musique, de couper tous ses liens avec les gens de la musique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et l\u2019anecdote avec laquelle je commence le chapitre, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin de sa vie (\u00e7a fait 40 ans qu\u2019elle n\u2019a rien fait musicalement), le nouveau patron de la firme BlueNote chez qui elle avait enregistr\u00e9 dans les ann\u00e9es 50 se rend compte qu\u2019il y a des arri\u00e9r\u00e9s pour un assez gros montant de droits d\u2019auteur qui ne lui ont jamais \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s. Donc, il la retrace, et envoie quelqu\u2019un chez Blue Note qui dit \u00ab&nbsp;\u00e9coutez, on vous doit de l\u2019argent&nbsp;\u00bb\u2026 Et elle est tellement sid\u00e9r\u00e9e en voyant le montant du ch\u00e8que qu\u2019elle jure en allemand \u00ab&nbsp;Mein Gott!&nbsp;\u00bb. Mais il est tard pour elle pour se faire dire \u00ab&nbsp;les disques n\u2019ont jamais arr\u00eat\u00e9 de se vendre et on ne t\u2019a pas pay\u00e9 depuis 4 d\u00e9cennies&nbsp;: voil\u00e0 l\u2019argent&nbsp;\u00bb. Elle, \u00e0 ce moment-l\u00e0, elle est atteinte du cancer et va mourir peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On commence avec \u00e7a. Cette femme-l\u00e0. Je commence avec cette histoire-l\u00e0, pis apr\u00e8s \u00e7a, je replace qui elle \u00e9tait, en Allemagne&nbsp;: jeune fille qui tripe sur le jazz dans l\u2019Allemagne nazie, o\u00f9 le jazz est une musique d\u00e9cadente de juifs, de noirs et d\u2019am\u00e9ricains, qui d\u00e9cide que c\u2019est ce qui l\u2019int\u00e9resse, pis qui devient un gros nom du jazz en Europe avant d\u2019immigrer aux \u00c9tats-Unis pis de connaitre la fin que je viens de raconter\u2026 Mais on commence par la fin! \u00c0 chaque fois, c\u2019est essayer d\u2019organiser le r\u00e9cit de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er une attente de la part du lecteur. L\u00e0, c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 romancier et auteur de nouvelles \u00e0 suspense qui veut raconter quelque chose qui est vrai en organisant le r\u00e9cit pour que \u00e7a intrigue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019est une question que je me pose que je te pose&nbsp;: quelle place, pour toi, prends le politique dans le geste d\u2019\u00e9crire?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce qu\u2019on fait est li\u00e9 au politique. Moi, je ne crois pas\u2026 (enfin, libre \u00e0 ceux qui y croient)\u2026 Mais, encore une fois, un artiste n\u2019est pas dans le vide. On vit dans des soci\u00e9t\u00e9s qui sont organis\u00e9es, o\u00f9 y a des discours, des structures sociales dont on est complices ou opposants, mais dans lesquelles on est\u2026 tout le temps!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>De pr\u00e9f\u00e9rence la nuit<\/em>, y est beaucoup question de comment le jazz a \u00e9t\u00e9 le v\u00e9hicule de certaines revendications des communaut\u00e9s afro-am\u00e9ricaines. Le v\u00e9hicule et l\u2019\u00e9cho. Dans <em>Noir satin<\/em>, c\u2019est la question des femmes, et pas forc\u00e9ment afro-am\u00e9ricaines (je viens de citer Jutta Hipp, qui est une allemande blanche). Mais, c\u2019est la position des femmes dans un milieu qui est g\u00e9r\u00e9 par des hommes comme Leonard Feather (un gars brillant, un gars super intelligent, mais qui est un gars avec une certaine id\u00e9e du pouvoir m\u00e2le qui dit que \u00ab&nbsp;si je t\u2019aide dans ta carri\u00e8re, en \u00e9change, y a des faveurs sexuelles qui vont m\u2019\u00eatre dues&nbsp;\u00bb)\u2026 Dans <em>Noir satin, <\/em>y a \u00e7a, beaucoup. Y a une raison pourquoi les femmes sont tass\u00e9es de l\u2019histoire du jazz. C\u2019est encore une autre expression du boys club. Donc, on n\u2019y \u00e9chappe pas \u00e0 la politique. Ce qu\u2019on fait, ce qu\u2019on dit, ce qu\u2019on vit, est toujours dans un environnement qui est conditionn\u00e9 par la politique (au sens large, je ne parle pas des partis politiques).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Oui oui, pas de la politicaillerie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pour toi, c\u2019est quoi les plus grands pi\u00e8ges de l\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre se trouver bon? (Rires). Tout est perfectible. Et on ne d\u00e9tient pas\u2026 On est \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, mais je ne pense pas qu\u2019on la d\u00e9tienne. Ou peut-\u00eatre \u00e0 partir du moment o\u00f9 on pense la d\u00e9tenir, peut-\u00eatre qu\u2019on est dans l\u2019illusion la plus totale. Donc le pi\u00e8ge de l\u2019\u00e9criture ce serait, pour un \u00e9crivain, de se prendre trop au s\u00e9rieux. Il faut qu\u2019il prenne son \u0153uvre au s\u00e9rieux, mais lui, faut qu\u2019il comprenne qu\u2019il est un parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quelle place prends pour toi la libert\u00e9 dans le processus d\u2019\u00e9criture\/de cr\u00e9ation? Je pr\u00e9cise parce que je m\u2019en vais dans mes obsessions. Je trouve qu\u2019on est dans une \u00e9poque o\u00f9 la libert\u00e9 est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme un geste d\u2019incons\u00e9quence, alors que pour moi toute libert\u00e9 exerc\u00e9e vient avec une s\u00e9rie de cons\u00e9quences sur soi ou sur d\u2019autres, parce qu\u2019on est toujours livres aux d\u00e9pens d\u2019autrui.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La libert\u00e9 est toujours balis\u00e9e. C\u2019est un poncif&nbsp;: \u00ab&nbsp;ta libert\u00e9 arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 celle de l\u2019autre commence&nbsp;\u00bb. La litt\u00e9rature, ce n\u2019est pas un lieu o\u00f9 je peux faire n\u2019importe quoi sans me soucier des cons\u00e9quences, mais c\u2019est un lieu o\u00f9 j\u2019ai le droit d\u2019\u00eatre moi, et de ne pas avoir \u00e0 m\u2019excuser d\u2019\u00eatre moi. Et cette libert\u00e9-l\u00e0, si je la revendique pour moi, je sous-entends aussi qu\u2019elle est due \u00e0 tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Qu\u2019est-ce que tu per\u00e7ois dans l\u2019\u00e9volution du geste d\u2019\u00e9crire sur quarante ans?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis probablement plus proche de ce que je veux dire. J\u2019ai les meilleurs moyens, comme artisan, de cr\u00e9er une parole qui ressemble plus \u00e0 ce que je ressens pis \u00e0 ce que j\u2019essaie d\u2019exprimer par rapport au monde. Quand on est plus jeunes, on est encore tr\u00e8s sous l\u2019influence des maitres\u2026 \u00ab&nbsp;Est-ce que c\u2019est acceptable?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on revient \u00e0 cette question de libert\u00e9 qu\u2019on \u00e9voquait \u00e0 peine tout \u00e0 l\u2019heure\u2026 Je suis plus libre d\u2019\u00eatre moi \u00e0 travers ce que j\u2019\u00e9cris maintenant que je l\u2019\u00e9tais \u00e0 22 ans quand j\u2019ai commenc\u00e9. Je trouve que je suis mieux \u00e9quip\u00e9 pour \u00e7a. Je pourrais \u00eatre dans le d\u00e9ni pis dans le divertissement total (et j\u2019ai rien contre le divertissement)\u2026 Je pourrais \u00e9crire avec un masque\u2026 Mais l\u2019id\u00e9e, c\u2019est d\u2019\u00e9crire sans masque, c\u2019est d\u2019\u00e9crire avec ce qu\u2019on est r\u00e9ellement, pour dire ce qu\u2019on est r\u00e9ellement, et donc ce qu\u2019on est individuellement et collectivement. \u00c7a, c\u2019est une des choses qui me semble avoir \u00e9volu\u00e9 dans ma mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, \u00e0 part que je crois que je maitrise mieux la langue aujourd\u2019hui que je ne la maitrisais \u00e0 22 ans. Mais \u00e7a, encore une fois, c\u2019est un travail toujours en progression. Tout est perfectible, je disais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>On a parl\u00e9 du style, de Camus, t\u2019\u00e9voquais la langue, et c\u2019est la prochaine question qui me venait \u00e0 l\u2019esprit&#8230; Pour moi, l\u2019\u00e9crit est certainement un travail de la langue, ou m\u00eame des variations sur la langue. Qu\u2019est-ce qui impose le choix de la langue ou des langues dans un livre?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore une fois, c\u2019est la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame pis \u00e0 son sujet. J\u2019\u00e9cris essentiellement en fran\u00e7ais. J\u2019ai \u00e9crit des chansons en anglais, j\u2019ai \u00e9crit des chansons en cr\u00e9ole. J\u2019ai \u00e9crit tr\u00e8s peu d\u2019articles ou de nouvelles en anglais\u2026 Je suis capable de le faire\u2026 Je r\u00eave en fran\u00e7ais\u2026 C\u2019est la langue dans laquelle j\u2019ai pass\u00e9 ma vie essentiellement, m\u00eame si, bon, \u00e9tant ha\u00eftien, y avait du cr\u00e9ole chez moi\u2026 Mais comme ha\u00eftien qui a grandi au Lac-Saint-Jean, disons que c\u2019est la part congrue, le cr\u00e9ole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, c\u2019est un choix, impos\u00e9, pour toutes sortes de circonstances, mais c\u2019est un choix que j\u2019assume pleinement. C\u2019est le fran\u00e7ais, d\u2019abord et avant tout, qui est mon outil de travail\u2026 Plus que mon outil de travail, c\u2019est mon outil de pens\u00e9e, mon outil de r\u00eave. Donc, c\u2019est le premier choix, d\u2019abord, mais c\u2019est aussi un choix que j\u2019assume compl\u00e8tement. En m\u00eame temps, si j\u2019\u00e9cris sur des sujets qui sont li\u00e9s au jazz, donc \u00e0 un certain milieu afro-am\u00e9ricain, c\u2019est s\u00fbr qu\u2019on \u00ab&nbsp;traduit&nbsp;\u00bb. Ce que j\u2019exprime en fran\u00e7ais est traduit de quelque chose qui a eu lieu en anglais. Des fois, on laisse l\u2019anglais prendre la place qui lui revient, tout en disant&nbsp;: le contexte g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est fran\u00e7ais. Quand j\u2019\u00e9voque <em>Almost Blue<\/em>, qui est une chansond\u2019Elvis Costello que chante Chet Baker, je peux bien traduire en bas de page qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire, mais d\u2019abord et avant tout, la po\u00e9tique de la chanson, c\u2019est ses mots-l\u00e0. La couleur de cette chanson-l\u00e0, c\u2019est ses mots-l\u00e0&nbsp;: <em>Almost Blue<\/em>, c\u2019est pas <em>Presque bleu<\/em>. C\u2019est <em>Almost Blue<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u2019est int\u00e9ressant parce que je ne pensais pas forc\u00e9ment \u00e0 diff\u00e9rentes langues. Parce que, pour moi, au sein m\u00eame du fran\u00e7ais, y a diff\u00e9rents fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore l\u00e0, quand on \u00e9crit un roman, par exemple, si on campe un personnage qui est un ouvrier de classe tr\u00e8s modeste, on ne le fera pas parler comme on fait parler comme un prof d\u2019universit\u00e9, pour des raisons \u00e9videntes&nbsp;: ils ne parlent pas pareil. Alors, il faut avoir dans l\u2019amour de la langue, et dans l\u2019attention \u00e0 la langue, la capacit\u00e9 de distinguer qu\u2019il existe diff\u00e9rents niveaux d\u2019expression. Et c\u2019est par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une certaine \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el&nbsp;\u00bb qu\u2019on va devoir naviguer entre ses niveaux de langue-l\u00e0, pis y a une virtuosit\u00e9 \u00e0 le faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En anglais, par exemple, un des \u00e9crivains qui m\u2019a le plus marqu\u00e9, c\u2019est Harlan Ellison. Harlan Ellison, \u00e7a m\u2019impressionne de voir comment dans un m\u00eame texte, des fois, la langue est extr\u00eamement \u00e9pur\u00e9e et litt\u00e9raire, alors que d\u2019autres fois on est dans la rue, et \u00e7a marche. En fran\u00e7ais, au Qu\u00e9bec, y a mon bon ami Jean-Pierre Girard qui est capable de faire \u00e7a dans des nouvelles o\u00f9 tu le vois naviguer entre un fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois tr\u00e8s populaire et une langue \u00e9pur\u00e9e de litt\u00e9rature po\u00e9tique, et dire&nbsp;: wow, y a quelque chose l\u00e0 qui est de l\u2019ordre de la virtuosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quels sont les projets \u00e0 venir?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai deux livres en chemin. J\u2019ai un recueil de nouvelles, le prochain, qui est d\u00e9j\u00e0 chez l\u2019\u00e9diteur (Mains libres). \u00c7a s\u2019appelle <em>La p\u00e9nombre propice<\/em>, et c\u2019est dans la suite\/la continuit\u00e9 des textes que j\u2019ai fait dans ce genre-l\u00e0, en particulier les deux derniers chez Mains libres (<em>Cr\u00e9pusculaire <\/em>en 2022 et <em>Cartes postales d\u2019Outremont<\/em> en 2023). Celui-l\u00e0 devrait paraitre \u00e0 l\u2019automne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pas encore sign\u00e9, il nous reste \u00e0 faire le travail d\u2019\u00e9dition. Moi j\u2019ai fait ma part, pis l\u00e0 y a le travail qui va se faire, pour faire la diff\u00e9rence entre mon manuscrit et mon livre. Le travail de la r\u00e9\u00e9criture, c\u2019est presque ce que j\u2019aime le plus faire. \u00catre confront\u00e9 avec un \u00e9diteur qui me dit \u00ab&nbsp;es-tu sur que c\u2019est l\u00e0 que tu veux aller?&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;es-tu sur que tu es all\u00e9 assez loin dans cette direction-l\u00e0?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019autre livre, c\u2019est un livre qui trainait qui, lui, est plut\u00f4t destin\u00e9 \u00e0 la collection <em>Libert\u00e9 grande<\/em> chez Bor\u00e9al. C\u2019est un livre que j\u2019avais arr\u00eat\u00e9 d\u2019\u00e9crire qui va s\u2019intituler <em>Blue and Green<\/em>. Un titre en anglais, mais le livre va \u00eatre en fran\u00e7ais. (rires).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dr\u00f4le, parce que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crire en anglais. <em>Blue and Green<\/em>, \u00e0 l\u2019origine, c\u2019\u00e9tait le r\u00e9cit de l\u2019amiti\u00e9 entre Miles Davis et son dauphin, son h\u00e9riter, Wallace Roney, qui est un trompettiste de jazz avec qui j\u2019avais d\u00e9velopp\u00e9 un lien d\u2019amiti\u00e9 quand m\u00eame assez solide au fil des entrevues \u00e0 mon \u00e9mission pis au fil de notre correspondance. Wallace \u00e9tait (je parle \u00e0 l\u2019imparfait) le seul trompettiste que Miles Davis aie pris sous son aile. Y en avait fait son prot\u00e9g\u00e9, et \u00e0 sa mort il lui avait l\u00e9gu\u00e9 toutes ses trompettes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wallace est mort le jour de ma f\u00eate, en 2020, emport\u00e9 par la Covid-19. Et quand il est mort, y a 5 ans, j\u2019avais 80 pages d\u2019\u00e9crites dans le r\u00e9cit. La raison pour laquelle je l\u2019\u00e9crivais en l\u2019anglais, c\u2019est parce que je lui soumettais les chapitres au fur et \u00e0 mesure pour qu\u2019il puisse intervenir (lui ne lit pas le fran\u00e7ais). \u00c7a avait beau \u00eatre bas\u00e9 sur des entrevues qu\u2019on avait eues, il me disait parfois \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;ah! J\u2019aime pas beaucoup comment tu as racont\u00e9 \u00e7a parce que c\u2019est pas tout \u00e0 fait ce que j\u2019ai dit&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;la mani\u00e8re que tu fais r\u00e9agir Art Blakey le soir o\u00f9 je vais l\u2019\u00e9couter, c\u2019est la bonne r\u00e9plique, mais c\u2019est pas la bonne attitude&nbsp;\u00bb. Y avait quelque chose de tr\u00e8s minutieux dans le travail qu\u2019on faisait ensemble, pis quand Wallace est mort, j\u2019ai laiss\u00e9 le livre de c\u00f4t\u00e9 en me disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne sais pas ce que je vais faire, je ne vais pas pouvoir finir \u00e7a sans lui.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre a chang\u00e9, puisque je l\u2019ai repris. J\u2019ai traduit en fran\u00e7ais les pages que j\u2019avais, j\u2019ai \u00e9pur\u00e9 ce qui me semblait, avec le recul, moins int\u00e9ressant, et je le continue maintenant, \u00e0 la suggestion de mon \u00e9diteur, pour que ce livre, qui devait porter sur Miles et Wallace, porte sur Miles, Wallace et moi. Parce que j\u2019ai pas connu Miles Davis, mais j\u2019ai bien connu (relativement bien connu) Wallace Roney. Pis c\u2019est pas innocent, les \u00e9changes qu\u2019on a eus, les moments qu\u2019on a v\u00e9cus ensemble. Que ce soit quand il \u00e9tait de passage \u00e0 Montr\u00e9al, ou quand je l\u2019ai fait inviter \u00e0 Chicoutimi, quand on a pass\u00e9 deux jours ensemble \u00e0 Paris\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il va y avoir \u00e7a dans livre, ce qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le cas n\u00e9cessairement, si j\u2019avais fait selon le plan que j\u2019avais au d\u00e9but. Pis c\u2019est dr\u00f4le parce que ce livre \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de mon id\u00e9e de qu\u2019est-ce que serait\u2026 quand ils avaient parl\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 d\u2019une biographie de Miles Davis, je me disais que si j\u2019avais \u00e0 \u00e9crire la vie de Miles Davis (quand je disais tant\u00f4t que je prends une anecdote, comme celle de l\u2019allemande qui re\u00e7oit son ch\u00e8que de droits d\u2019auteurs 40 ans plus tard), j\u2019aurais racont\u00e9 la vie de Miles Davis \u00e0 travers la semaine du concert qu\u2019il va donner avec Wallace Roney \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 91.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils sont \u00e0 Montreux, pis Wallace m\u2019avait dit en entrevue&nbsp;: \u00ab&nbsp;on se connaissait d\u00e9j\u00e0 depuis 8 ans, pis cette semaine-l\u00e0 il s\u2019est mis \u00e0 me raconter plein de choses sur son pass\u00e9, comme s\u2019il savait qu\u2019il allait mourir peu de temps apr\u00e8s (ce qui est arriv\u00e9). Miles est mort 8 semaines apr\u00e8s ce concert-l\u00e0. Donc cette esp\u00e8ce de concentr\u00e9 de \u00ab&nbsp;j\u2019ai plein de choses \u00e0 te l\u00e9guer, gar\u00e7on&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait \u00e7a la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la vie de Miles Davis. Finalement, apr\u00e8s, c\u2019est aussi la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la vie de Wallace. Pis l\u00e0, la mani\u00e8re dont je compte le finir, \u00e7a va \u00eatre aussi moi, dans cette histoire-l\u00e0, par rapport \u00e0 ces deux musiciens-l\u00e0 que j\u2019admire au plus haut point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c7a m\u2019am\u00e8ne une autre question&nbsp;: c\u2019est quoi la place que tu laisses \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019accident heureux&nbsp;\u00bb dans le processus d\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre justement parce que j\u2019aime tant le jazz, je me vois comme un improvisateur. Y a une trame, un standard\u2026 Disons&#8230; On va jouer <em>My Funny Valentine<\/em>. Mais, pendant qu\u2019on est en train de jouer <em>My Funny Valentine<\/em>, il se passe quelque chose qui fait qu\u2019on ne le joue pas dans la mani\u00e8re qu\u2019on l\u2019a jou\u00e9 hier, et il faut accepter que cet impr\u00e9vu-l\u00e0 fasse partie de l\u2019\u0153uvre qu\u2019on est en train de cr\u00e9er en temps r\u00e9el. Un livre ne se cr\u00e9e pas en temps r\u00e9el. Je l\u2019\u00e9cris, je le r\u00e9\u00e9cris, et c\u2019est pas tout \u00e0 fait comme le concert de jazz, mais j\u2019aime garder cet esprit-l\u00e0. Une chose arrive&nbsp;: la mort de Wallace Roney est arriv\u00e9e, ce qui, forc\u00e9ment, m\u2019oblige \u00e0 changer de strat\u00e9gie pour raconter l\u2019histoire. Et \u00e7a donne une \u0153uvre diff\u00e9rente ce que je pensais que \u00e7a allait \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tout d\u00e9pendant des auteurs, y en a plusieurs qui parlent de la place du rythme. Je connais ton rapport \u00e0 la musique, mais pour toi, y a-t-il quelque chose dans le rythme entre la musique et l\u2019\u00e9criture qui se r\u00e9pond?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense que oui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au point de relire \u00e0 haute voix?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moi, je lis \u00e0 haute voix. Quand j\u2019\u00e9cris, je me relis \u00e0 haute voix pour entendre la musique de ce que je suis en train d\u2019\u00e9crire. Et puis, on a plein d\u2019\u00e9l\u00e9ments dans l\u2019\u00e9criture qui sont des \u00e9l\u00e9ments rythmiques&nbsp;: la ponctuation, le changement de paragraphe, le dialogue ou pas de dialogue, le dialogue rapport\u00e9 ou le dialogue direct. Tout \u00e7a, ce sont des mani\u00e8res de rythmer le r\u00e9cit, et c\u2019est instinctif. \u00ab&nbsp;Il me semble que c\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a devrait sonner&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e7a qu\u2019on se dit, comme \u00e9crivain. Donc oui, c\u2019est une dimension fondamentale de notre travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Stanley en lui rappelant ce premier entretien au salon du livre de Dieppe. Je n\u2019ai jamais su non plus s\u2019il y avait une question qu\u2019on ne lui avait jamais pos\u00e9e, ni s\u2019il avait poursuivi sa r\u00e9flexion tout au long de notre entretien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci dit, cela a pris un certain temps avant que je puisse retranscrire notre \u00e9change. Pendant ce temps, les publications de Stanley sur les r\u00e9seaux sociaux se multiplient, \u00e9voquant avec force des enjeux sociaux sur lesquels on partage \u00e0 bien des \u00e9gards le m\u00eame point de vue. Je d\u00e9couvre aussi qu\u2019il fait comme moi partie de la liste des traducteurs de <em>Gaza \u00e9crit Gaza<\/em>, projet publi\u00e9 chez <em>M\u00e9moire d\u2019encrier<\/em> en mai 2025, jour du 77<sup>th<\/sup> anniversaire de la Nakbah palestinienne. Je me dis qu\u2019une prochaine rencontre nous permettra sans doute de traiter de ces enjeux et de ces questions. Si seulement j\u2019avais su\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u0152uvre cit\u00e9e&nbsp;:<\/strong> <a href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/correspondant\/stanley-pean-fr\/\" data-type=\"correspondant\" data-id=\"2463\">P\u00e9an, Stanley<\/a>. <em>Noir satin<\/em>. \u00c9ditions Du Bor\u00e9al, 2024. (<a href=\"https:\/\/la.librairieacadienne.ca\/Item?item=9782764628096#item=9782764628096\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/la.librairieacadienne.ca\/Item?item=9782764628096#item=9782764628096\">voir sur Librairie acadienne<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Citer cet article :<em>\u00a0<\/em><\/strong><a href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/correspondant\/gabriel-robichaud-fr-fr\/\" data-type=\"correspondant\" data-id=\"1733\">Robichaud, Gabriel<\/a>.<strong>\u00a0<\/strong>\u00ab Entrevue avec Stanley P\u00e9an \u00bb<em>. Discours\/e : Catalogue num\u00e9rique des litt\u00e9ratures et cultures de l\u2019Atlantique<\/em>, 17 juillet 2025<em>. <\/em>&lt;<a href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/2025\/07\/17\/entrevue-avec-stanley-pean-2\/\">https:\/\/discours-e.ca\/2025\/07\/17\/entrevue-avec-stanley-pean-2\/<\/a>><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Suivez Gabriel Robichaud sur<em>&nbsp;<\/em><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/gab.robichaud.15\">Facebook<\/a><em>.<\/em><\/strong><\/p>\n<h5 class=\"modern-footnotes-list-heading\">Notes<\/h5><ul class=\"modern-footnotes-list\"><li id=\"footnote-0000000000004a3e0000000000000000_3345-1\"><span>1<\/span><div>Note du correspondant&nbsp;: j\u2019avoue avoir trouv\u00e9 \u00e9trange que Camus vienne se pointer le bout du nez dans cette conversation. J\u2019ai m\u00eame h\u00e9sit\u00e9 un instant \u00e0 en parler \u00e0 Stanley, tout comme j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 couper ce passage de l\u2019entretien. En m\u00eame temps, je crois en l\u2019importance de ce type de co\u00efncidences qui n\u2019en sont sans doute pas une. Quelques jours apr\u00e8s l\u2019entretien, je me suis procur\u00e9 \u00e0 la librairie Gallimard un exemplaire d\u2019un Hors S\u00e9rie du Journal Le Monde sur Albert Camus, \u00e9dition r\u00e9vis\u00e9e en 2025, que je me suis mis \u00e0 lire, sans me souvenir de ce moment, dans les m\u00eames jours o\u00f9 je r\u00e9digeais ce texte. Comme quoi\u2026 <a href=\"#mfn-content-0000000000004a3e0000000000000000_3345-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Stanley P\u00e9an porte de nombreux chapeaux et repr\u00e9sente bon nombre de choses pour bien des gens. Reste que, pour moi, il demeure indissociable de mes d\u00e9buts dans le milieu litt\u00e9raire, alors qu\u2019il constituait, avec Perrine Leblanc, Catherine Leroux et moi, le quatuor d\u2019invit\u00e9s de ma premi\u00e8re table ronde en Salon du livre, un midi d\u2019octobre \u00e0 Dieppe en 2011. <\/div>\n<p> <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/discours-e.ca\/en\/2025\/07\/17\/entrevue-avec-stanley-pean-2\/\" title=\"Entrevue avec Stanley P\u00e9an\">[&#8230;]<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":255556986,"featured_media":3371,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":[3072],"meta":{"_acf_changed":false,"_wpcom_ai_launchpad_first_post":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[2006,2098,2104,3622,1459],"correspondant":[1733,2463],"org-partenaire":[],"projet":[2336,2096],"class_list":["post-3345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-nouveaute","tag-entretien","tag-festival-frye","tag-litterature","tag-litterature-canadienne-fr","tag-mediatheque","format-article-fr","correspondant-gabriel-robichaud-fr-fr","correspondant-stanley-pean-fr","projet-campagne-correspondants-2025-fr","projet-festival-frye"],"acf":{"afficher_dans_flux_externe":false,"type_contenu":"","source_de_la_nouvelle":null,"autrice_de_larticle":[1733],"organisme_direction_du_dossier":[],"langue_de_la_video":["FR"],"articles_enfants":"","corresp_ordre":null,"sections_articles_enfants":null,"presence_au_festival":""},"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pg22Gt-RX","jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/discours-e.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Creation-sans-titre-3.png?fit=2000%2C1125&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/255556986"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3345"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3345\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8412,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3345\/revisions\/8412"}],"acf:term":[{"embeddable":true,"taxonomy":"correspondant","href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/correspondant\/1733"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3371"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3345"},{"taxonomy":"format","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/format?post=3345"},{"taxonomy":"correspondant","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/correspondant?post=3345"},{"taxonomy":"org-partenaire","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/org-partenaire?post=3345"},{"taxonomy":"projet","embeddable":true,"href":"https:\/\/discours-e.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/projet?post=3345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}